« Si je suis expulsé, Chama doit rester en France »
Par Marie Barbier le jeudi 3 septembre 2009, 17:41 - Enfants et jeunes majeurs - Lien permanent
Au bout du fil, sa voix est claire et posée. « C'est
pas très propre ici, mais ça va quand même. » Joao Abel Gabriel entame
aujourd'hui son dixième jour au centre rétention de Bobigny
(Seine-Saint-Denis). Arrêté le 26 août dernier lors d'un banal contrôle
d'identité, cet Angolais de 44 ans, en France depuis sept ans, est sous le coup
d'un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. Mardi, il sera présenté
au consulat angolais. Si ce dernier délivre un laissez-passer à
l'administration, Joao sera expulsable à tout moment. Pourtant, cet homme élève
seul son petit garçon de cinq ans et demi, Chama Dieumerci, qui a dû faire seul,
hier matin, sa rentrée scolaire en CP.
« Garder son papa ou aller à l'école ? »
Loin, bien loin, des chambres lugubres du centre de rétention de Bobigny, Éric Besson présentait hier à la presse le bilan de ses huit premiers mois de mandat. L'occasion pour l'Humanité de l'interroger sur le sort de Chama Dieumerci. S'il a dit « refuser de commenter un cas particulier », Éric Besson a tout de même déclaré qu'il avait demandé un « réexamen du dossier ». « Il ne suffit pas d'avoir un enfant né et scolarisé en France pour ne pas faire l'objet d'une reconduite à la frontière, a cependant précisé Éric Besson. L'école ne donne pas protection. » Et le ministre d'oser la métaphore : « le jeu serait trop simple ».
Le père de Chama n'a visiblement pas compris tout l'aspect ludique de sa situation. Par deux fois, il a voulu régulariser sa situation, sans succès. Un argument repris hier par Éric Besson pour justifier son retour en Angola, où, assure-t-il, il « ne risque rien ». Joao n'en revient pas des déclarations du ministre : « Mais je ne veux pas rentrer en Angola ! Je vais dormir où ? Je suis orphelin de père et de mère, je n'ai rien là-bas. ». Joao a fui son pays en 2002, après l'assassinat du rebelle Jonas Savimbi par l'armée angolaise. « Je vivais dans un village où habitaient tous les gens de Savimbi. Quand l'armée te voit, il te considère tout de suite comme un rebelle. J'ai été arrêté, j'ai dû payer pour sortir de prison. Ensuite, je suis monté dans un camion en cachette jusqu'à Luanda (la capitale angolaise - NDLR). J'ai fait un faux passeport et pris l'avion pour la France.°»
L'histoire du petit Chama, victime collatérale de cette politique du chiffre, continuer de susciter une forte émotion. Le député socialiste Jack Lang a fait appel à « l'esprit d'humanité » de son ancien camarade socialiste : « Je ne peux imaginer qu'une décision d'expulsion rende cet enfant quasiment orphelin. Je vous en conjure, ne l'arrachez pas à l'affection de son père et prenez une mesure d'humanité qui grandira notre pays ». Dans un communiqué publié hier, la Ligue des droits de l'homme est encore plus directe : « Dans deux mois, la Convention internationale des droits de l'enfant (...) aura vingt ans. Combien de petites vies allez-vous encore briser d'ici là, monsieur le ministre ? A combien de petits garçons de cinq ans offrirez-vous le "choix"entre garder leur papa et aller à l'école ? ». L'avocate de Joao, Maître Catherine Herrero, a quant à elle écrit une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy : « Cet enfant a le droit d'avoir son père à ses côtés pour grandir dans le seul pays qu'il n'a jamais connu. (...) Je ne veux pas croire que vous resterez insensible à la douleur de cet enfant et de son père ». Par ailleurs, le Réseau éducation sans frontières a mis en ligne une pétition pour la libération et la régularisation de Joao Abel Gabriel.
Expulser l'enfant ? Pourquoi pas, répond Besson
Le doute subsiste quant à l'avenir de Chama Dieumerci si son père était effectivement expulsé vers l'Angola°: serait-il placé à l'aide sociale à l'enfance ou expulsé avec son père ? Hier, Éric Besson n'a pas rejeté cette hypothèse, indiquant que l'enfant pouvait, parmi d'autres possibilités, être reconduit avec son père dans le pays d'origine de ce dernier, bien qu'il soit né en France. Sur cette question, la position de Joao est extrêmement claire : « Si je suis expulsé, je veux confier Chama à mon amie pour qu'elle s'occupe de lui. Chama doit rester ici. Il est né en France, il ne parle pas portugais, il n'a rien à faire en Angola. Il doit bénéficier de l'éducation de la France. Je préfère qu'il grandisse ici. »
Article paru dans l'Humanité du 4 septembre 2009
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Commentaires
par pitié,laissez ce monsieur à coté de son enfant.