Convoqué à sa propre expulsion !
Par Marie Barbier le mercredi 9 septembre 2009, 07:00 - Expulsions - Lien permanent
Les services de la préfecture du Lot ont poussé le cynisme à un stade avancé, rarement vu. Lundi, Abdel Nainia a reçu une convocation à sa propre expulsion. « J'ai fait réserver une place d'avion en vue de votre retour le mercredi 9 septembre prochain, écrit le secrétaire général. Il vous appartient de vous rendre par vos propres moyens à l'aéroport pour exécuter cette décision ».
Aujourd'hui, donc, Abdel doit se rendre
à 11 heures à l'aéroport de Toulouse-Blagnac pour un aller simple vers
Casablanca. Sinon ? «Tout étranger qui se soustrait à l'exécution d'une
mesure de reconduite à la frontière sera puni d'une peine de trois ans
d'emprisonnement°», menace la lettre préfectorale. « Me cacher ? Non,
c'est pas mon truc » répond doucement ce ressortissant marocain de 41 ans
quand on lui demande s'il envisage de ne pas s'y rendre. « Ca fait six ans
que j'habite Figeac, je ne me suis jamais caché. J'ai tout essayé pour avoir
des papiers, je n'ai eu que des refus ». Ce maçon qualifié bénéficiait pourtant
d'une promesse d'embauche et de plusieurs contrats de travail et aurait donc pu
obtenir une carte de séjour « salarié » comme le prévoit la loi
Hortefeux depuis 2007. La préfecture du Lot n'a rien voulu entendre.
Arrêté le 24 août dernier, Abdel Naimi est transféré au centre de rétention de Toulouse. Dès son arrestation une forte mobilisation se met en place. En trois heures, la pétition pour sa libération et sa régularisation obtient 1300 signatures. Abdel est une figure connue et appréciée de Figeac où il enseigne bénévolement le karaté. Quelques jours après son arrestation, Abdel est libéré et assigné à résidence. Mais le 1er septembre, le tribunal administratif maintient son arrêté de reconduite à la frontières. « On est décontenancés, soupire Patricia Gontier, du collectif d'aide et de soutien aux sans-papiers. Lui a décidé de ne pas se soustraire à cette injonction. Il se sent trahit. »
Abdel découvre Figeac en août 2003, par hasard. Il en tombe tout de suite « amoureux » et ne repartira pas. Il dit « je me considère comme un Figeacois » et refuse de rendre son appartement. « Je laisse tout en l'état. J'espère être de retour dans quelques semaines ».
Article paru dans l'Humanité du 9 septembre 2009
Commentaires
comment contribuer a soutenir abdel naimi ?
Y a-t-il une pétition qui circule ? Les associations LDH, Droits devant, etc... sont-elles saisies du dossier ?
comment lutter efficacement contre un gouvernement à ce point liberticide ?
Bonjour,
Je trouve que cet article est l'illustration d'une méconnaissance de la procédure.
L'article L.552-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permet au Juge des Libertés et de la Détention d'assigner l'étranger à résidence.
La contrepartie, c'est que l'étranger est censé se présenter spontanément (et quotidiennement) aux services de police ou de gendarmerie pour permettre l'exécution de l'A.P.R.F..
Je ne vois donc pas ce qu'a de cynique le fait qu'une préfecture invite un étranger assigné à résidence à se présenter spontanément à l'aéroport. Ce n'est que l'application de la loi, et encore dans un de ses aspects les moins durs (l'assignation à résidence) et de la manière la plus soft possible.
Est-ce que ça aurait été mieux qu'il se soit rendu au commissariat ou à la gendarmerie et qu'il ait été emmené par eux à l'aéroport? Ou qu'ils soient venus le chercher chez lui ?
Qu'on critique la législation et certaines pratiques, c'est une chose mais ça ...
CP
Ce n'est pas parce que la législation le prévoit que ce n'est pas cynique. Oui, même si la loi le permet, je trouve choquant de convoquer un sans-papiers à sa propre expulsion, en le menaçant s'il ne se rend pas à l'aéroport, de trois ans de prison. Non, je ne pense pas qu'il eut été préférable de l'emmener à l'aéroport manu militari. Ce monsieur répondait aux critères de régularisation par le travail prévu par la loi Hortefeux, il devrait donc pouvoir rester en France avec une carte de séjour "salarié'.