Lettre du préfet du Lot à AbdelAujourd'hui, donc, Abdel doit se rendre à 11 heures à l'aéroport de Toulouse-Blagnac pour un aller simple vers Casablanca. Sinon ? «Tout étranger qui se soustrait à l'exécution d'une mesure de reconduite à la frontière sera puni d'une peine de trois ans d'emprisonnement°», menace la lettre préfectorale. « Me cacher ? Non, c'est pas mon truc » répond doucement ce ressortissant marocain de 41 ans quand on lui demande s'il envisage de ne pas s'y rendre. « Ca fait six ans que j'habite Figeac, je ne me suis jamais caché. J'ai tout essayé pour avoir des papiers, je n'ai eu que des refus ». Ce maçon qualifié bénéficiait pourtant d'une promesse d'embauche et de plusieurs contrats de travail et aurait donc pu obtenir une carte de séjour « salarié » comme le prévoit la loi Hortefeux depuis 2007. La préfecture du Lot n'a rien voulu entendre.

Arrêté le 24 août dernier, Abdel Naimi est transféré au centre de rétention de Toulouse. Dès son arrestation une forte mobilisation se met en place. En trois heures, la pétition pour sa libération et sa régularisation obtient 1300 signatures. Abdel est une figure connue et appréciée de Figeac où il enseigne bénévolement le karaté. Quelques jours après son arrestation, Abdel est libéré et assigné à résidence. Mais le 1er septembre, le tribunal administratif maintient son arrêté de reconduite à la frontières. « On est décontenancés, soupire Patricia Gontier, du collectif d'aide et de soutien aux sans-papiers. Lui a décidé de ne pas se soustraire à cette injonction. Il se sent trahit. »

Abdel découvre Figeac en août 2003, par hasard. Il en tombe tout de suite « amoureux » et ne repartira pas. Il dit « je me considère comme un Figeacois » et refuse de rendre son appartement. « Je laisse tout en l'état. J'espère être de retour dans quelques semaines ».

Article paru dans l'Humanité du 9 septembre 2009