«Chama me disait : "je vais te sortir de là"»
Par Marie Barbier le jeudi 10 septembre 2009, 08:00 - Enfants et jeunes majeurs - Lien permanent
Il a sonné à la porte vers 21 heures, mardi soir. Ursula, sa petite amie, a hurlé de joie ; sa mère ensuite. De quoi réveiller Chama Dieumerci, 5 ans, qui a crié à son tour en voyant son père. « Il ne voulait plus me lâcher, s'amuse Joao Abel Gabriel. Il me suivait partout ! » Une heure avant, cet angolais de 44 ans était libéré, en toute discrétion, du centre de rétention administrative (CRA) de Bobigny, où il était retenu depuis deux semaines.

A quand une loi « humaine » ?
Révélé par l'Humanité, l'enfermement de ce père célibataire, séparé de son fils en pleine rentrée scolaire, avait suscité une forte mobilisation associative et politique. PS, PCF et NPA avaient réclamé sa libération immédiate et l'ancien ministre socialiste, Jack Lang, écrit une lettre à Eric Besson. Interpellé lors de sa conférence de presse de rentrée, le 3 septembre dernier, le ministre de l'Immigration avait été contraint de demander un « réexamen du dossier », mais précisait : « Il ne suffit pas d'avoir un enfant né et scolarisé en France pour ne pas faire l'objet d'une reconduite à la frontière ».
Une semaine après, sans tambour ni trompette, le ministère a donc décidé de libérer ce père un peu trop médiatique... « Ils sont gênés de voir leurs méthodes étalées sur la place publique, ça fait mauvais genre », ironise Jean-Michel Delarbre, du Réseau éducation sans frontières (RESF). Pour le militant, aucun doute : « Sans le mouvement de solidarité et la médiatisation, Joao serait sûrement en Angola à l'heure actuelle, peut être même avec Chama. Toutes les semaines, nous avons des histoires comme celles-là. Actuellement, un Tchetchène, père d'une petite fille scolarisée en maternelle à Saint-Denis, est en rétention à Bobigny. La question est : quand est-ce que ça va s'arrêter ? Quand la loi sera-t-elle enfin compatible avec les situations humaines ? »
Descente aux enfers
Au 5e étage d'une des immenses tours de l'Ile-Saint-Denis, Joao, traits tirés et barbe de plusieurs jours, se remet de ses deux semaines d'enfermement. « J'étais bien traité, reconnaît-il. Mais c'était dur d'être loin de mon enfant. Je n'ai pas pu être là quand il rentrait à l'école. Chama Dieumerci me disait au téléphone : "Je vais venir de te chercher, je vais te sortir de là". Mais je n'ai pas voulu qu'il vienne me voir ». Ursula, sa petite amie et la mère de celle-ci, Marie-Jeanne, ont pris soin du garçon. « Il posait beaucoup de questions, raconte Marie-Jeanne. Il disait que si son père partait en Angola, il partirait avec lui. » La mère d'Ursula a proposé au père et au fils de les accueillir chez elle dans les semaines qui viennent, le temps pour Joao de régulariser sa situation, de trouver un emploi et un logement. Expulsés de leur logement en mai 2007, Joao et Chama étaient depuis logés par le Samu social, changeant de chambre d'hôtel tous les soirs. Après la descente aux enfers, la famille repart donc sur de meilleures bases.
« Mon papa n'a rien fait »
Théoriquement, Joao est toujours sous le coup d'un arrêté de reconduite à la frontière, mais il est convoqué le 16 septembre en préfecture pour un réexamen de sa situation administrative, qui pourrait déboucher sur sa régularisation. Joao et son fils pourraient enfin vivre tranquillement en France. A ses copains de classe qui lui demandaient des explications, Chama répondait : « On va libérer mon papa, parce qu'il n'a rien fait. » Éric Besson pourra au moins mettre ça à son crédit : du haut de ses cinq ans et demi, Chama Dieumerci sait maintenant très précisément ce que signifie être sans-papiers.
Article paru dans l'Humanité du 10 septembre Photo : Ciril Cincet
Lire aussi :
« Si je suis expulsé, Chama doit rester en France »
La justice prive Chama de son père
Le père de Chama toujours enfermé
Chama, 5 ans, victime de la chasse aux sans-papiers