La droite rechigne à enterrer les tests ADN
Par Marie Barbier le lundi 14 septembre 2009, 16:57 - Lien permanent
Aurait-il parlé un peu trop vite Éric Besson ? Dimanche, le ministre de l'Immigration annonçait l'enterrement des très controversés tests ADN, votés en 2007 par le parlement dans le cadre de la loi sur la maîtrise de l'immigration. L'amendement, qui avait alors suscité de nombreuses protestations, prévoyait l'expérimentation des tests génétiques dans le cadre du regroupement familial. « Je ne suis pas en mesure dans les délais impartis par la loi, au 31 décembre 2009, de respecter l'esprit et la lettre de la loi », a expliqué Éric Besson pour qui « le législateur a émis tellement de contraintes que le décret d'application n'est pas possible en l'état ».
Cette décision n'est pas du goût du patron des députés UMP qui a lancé la première salve des critiques hier matin. Pour Jean-François Copé, « lorsque la loi est votée, les gouvernements ont l'obligation de mettre en œuvre les décrets d'application ». Autre mécontent, le député UMP Jacques Myard, selon qui « il n'est pas acceptable qu'un ministre dise en substance qu'il n'appliquera pas la loi. Il peut mettre en avant le manque de moyens pour ne pas l'appliquer, dans ce cas il doit demander au Premier ministre et au Parlement de lui donner des moyens pour appliquer la loi ».
En déplacement en Russie, François Fillon a tenté de calmer les esprits en défendant « un texte très équilibré qui contient à la fois des dispositions visant à mettre en œuvre les tests ADN et des garanties pour les personnes » et en annonçant que le gouvernement allait rediscuter avec le parlement des conditions de la mise en œuvre de ces tests. Mais le premier ministre a aussi soutenu son ministre, précisant : « Tant que ces garanties ne seront pas applicables, nous ne mettrons pas en œuvre ce texte ».
En attendant, les associations de défense des étrangers saluent la fin des tests ADN. « Le détestable chapitre des tests ADN en matière de regroupement familial (est) définitivement clos », s'est félicité hier SOS Racisme « A l'issue du combat que nous avions mené contre cette disposition populiste visant à associer les étrangers à des fraudeurs, le dispositif n'était plus opératoire sur le plan technique (...) et peu défendable sur le plan de l'éthique républicaine ». France Terre d'asile salue une «°décision de bon sens » mais précise qu'il « convient de ne pas oublier que la loi de 2007 comportait bien d'autres dispositions aggravant les conditions de regroupement familial ».
Enfin, le président de la Ligue des droits de l'Homme, Jean-Pierre Dubois, a émis l'espoir que la majorité parlementaire profite de l'infaisabilité de la mesure pour renoncer à ce « clin d'œil à l'extrême droite », qui « donne une image lamentable de notre pays ». Il n'a visiblement pas été entendu.
Article paru dans l'Humanité du 15 septembre