La vie cachée de la famille Tang-Zhou
Par Marie Barbier le dimanche 20 septembre 2009, 13:56 - Enfants et jeunes majeurs - Lien permanent
Assis sur un muret de pierre avec vue imprenable sur les volcans d’Auvergne, Chen, quatre ans, jette des pierres dans le vide. Son ton sérieux tranche avec sa bouille d’ange : « La police va emmener ma maman, mon papa et mon frère ». Chen a peur. Et il s’ennuie. Le 3 septembre dernier, il devait rentrer en moyenne section de maternelle, mais la veille sa famille a dû prendre la fuite. Depuis quinze jours, ces sans papiers menacés d’expulsion vivent cachés. Et Chen ne va pas à l’école.
Sa mère, Ping, 27 ans, débarque à Clermont-Ferrand en 2003. Elle y étudie quelques années avant d’ouvrir son restaurant avec son mari, Yu Hua, arrivé, lui, en 1999. Débouté du droit d’asile, il est sans-papiers et ne parle pas Français. Inacceptable pour Patrick Stéfanini, le nouveau préfet du Puy-de-Dôme, ancien secrétaire général de Brice Hortefeux au ministère de l’Immigration, qui multiplie les phrases assassines : « Ils sont tellement intégrés qu'il faut encore leur parler en chinois ! ».
Le 19 août dernier, les forces de l’ordre débarquent dans le restaurant et arrêtent toute la famille : le père, la mère, Chen et son petit frère Clément, quinze mois. Direction le centre de rétention de Rouen. Libérés le lendemain, ils sont assignés à résidence. Problème : la Chine refuse de reconnaître Clément, qui n’a pas de passeport et ne peut donc pas être expulsé. Une contrariété administrative que le préfet entend contourner grâce à un document inédit. Le 2 septembre, deux policiers se présentent chez les Tang-Zhou. Outre la convocation pour leur expulsion qui doit se faire le lendemain, ils leur demandent de signer une « délégation d’autorité parentale ». En d’autre terme, Ping et Yu Hua renoncent à Chen et Clément, qui restent en France où ils seront probablement placés. Les parents refusent. Cette procédure inédite a soulevé l’indignation de la défenseure des enfants (lire ci contre), qui a saisi la commission nationale de déontologie et de sécurité.
Refusant d’être expulsée, la famille bascule dans la clandestinité. « On n’a plus rien en Chine, murmure Ping. On a investi tout notre argent dans le restaurant. On a deux enfants, là-bas, c’est interdit.» Depuis deux semaines, ils sont hébergés par des militants. « Tous les trois, quatre jours, on les change d’endroit, explique une militante du Réseau Education Sans Frontières. On fait ça plutôt la nuit pour diminuer les risques d’un contrôle ». Patrick (1) qui les accueille actuellement défend une démarche humaniste et politique : « Il est normal d’accueillir des semblables en difficulté. C’est une question de responsabilité. Durant la dernière guerre, mon père fabriquait de faux papiers. Aujourd’hui on n’en est pas là, mais nos sociétés occidentales peuvent glisser vers de vraies barbaries. »
La mobilisation régionale est impressionnante. Près de 300 élus, de droite, comme de gauche, ont signé la pétition demandant la régularisation de la famille Tang-Zhou. Sur l’école de Chen, une grande banderole a été dressée : « Chen on t’attend ».
(1) Le prénom a été modifié
Article paru dans l'Humanité du 21 septembre