Malgré cette annonce, ils étaient hier midi encore 250 à 300 migrants à rester dans ce campement, dont une cinquantaine de mineurs. D’après les associations, ils étaient encore 800 il y a un mois. « Ceux qui ont décidé de rester là sont démunis et ne savent pas comment réagir, explique Vincent Lenoir de l’association Salam. Il y a aussi les mineurs et les demandeurs d’asile qui restent en se disant que, devant les caméras, on leur proposera peut être un hébergement. »

A perte de vue, des dizaines de cabanes - amas de grillages, bâches bleues et bouts d’arbre - constituent ce campement de fortune. Près de l’une d’entre elle, un Afghan jette des frites dans une cocotte remplie d’huile. A ses côtés, Samiola, accroupi, raconte dans un anglais rudimentaire : « J’ai été arrêté par la police, je leur ai dit que j’avais seize ans. Ils ne m’ont pas cru et m’ont fait passer un test osseux qui a conclu que j’en avais dix huit, donc ils m’ont remis dehors. » Pas de place dans un foyer pour mineur donc pour Samiola, qui espérait échapper ainsi à la « jungle ». Comme beaucoup de ses compatriotes, ce jeune garçon rêve de rejoindre l’Angleterre. « Là-bas, dit-il, j’irai au commissariat et ils me prendront en charge, parce que je suis mineur ».

A quelques mètres de là, Mohamed Bachir, 24 ans, a tendu de grands draps blancs sur une cabane. A la bombe, il trace des messages : « Give us asylum in France » (donnez-nous l’asile en France) ou « we want accomodation, we don’t want to stay in jungle » (nous voulons des logements, nous ne voulons pas rester dans la jungle). Très sollicité par les journalistes, Mohamed Bachir se dit fatigué. Mais n’a pas perdu son sens de l’humour. D’où vient-il ? « De Mercure, à côté de la lune ! ». Non, bien sûr, il est Afghan, comme la majorité des migrants qui campent dans ces bois. Arrivé il y a deux semaines à Calais, il sait que le campement va être détruit mais ne compte pas partir. « C’est notre maison ici, dit-il. On n’a pas d’autres endroits où aller. En Afghanistan ma vie est en danger. Je sais que c’est horrible ici, mais au moins je suis en sécurité. »

Les associations espèrent que la forte présence des journalistes empêchera les violences durant l’opération. Tous avaient une forte crainte : la destruction de la mosquée construite par les migrants il y a quelques mois. Pour Michel Delannoy du Secours catholique, « S’ils la détruisent devant eux, ça va dégénérer. Ils ne supporteront pas qu’on s’en prennent au symbole de leur religion ».

Article paru dans l'Humanité du 22 septembre

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