Et maintenant, un charter pour Kaboul
Par Marie Barbier le vendredi 25 septembre 2009, 08:00 - Migrants de Calais - Lien permanent
Pour ceux qui avaient encore un doute, Nicolas Sarkozy a confirmé l'information mercredi soir : « Avec les Anglais, nous organiserons le retour des personnes en situation irrégulière ». Autrement dit, une partie des Afghans arrêtés mardi matin lors du démantèlement de la « jungle » de Calais pourraient bien être expulsés. Soit vers la Grèce, en vertu de la directive Dublin II qui oblige le premier pays européen traversé à gérer les demandes d'asile, soit directement... en Afghanistan.
Des mineurs expulsés ?
Mardi, déjà, le ministre de l'Immigration, Éric Besson, avait déclaré que le projet était à l'étude avec les ministères de la Défense et des Affaires étrangères, tout en assurant qu'il n'y aurait pas de retours forcés en cas de « risques individuels ». Mais pour les associations, les risques individuels sont permanents dans un pays notoirement instable. Ainsi, la Cimade dénonçait hier un projet « inacceptable » : « L'Afghanistan est un pays en guerre, ces personnes venues chercher asile et protection sont menacées d'y être renvoyées. »
Plus grave encore : selon l'association œcuménique, des mineurs pourraient également faire parti du voyage. Mercredi soir, la Cimade comptabilisait 138 migrants enfermés en centre de rétention administrative (CRA) et menacés d'expulsions. Parmi eux, une cinquantaine se déclarait mineurs. « Sur les papiers des procédures, comme par hasard, une majorité est née le 1er janvier 1991 », dénonce Julie Chancel de la Cimade. Tout juste majeurs, ils sont donc expulsables... Après l'opération médiatique du démantèlement de la « jungle », l'administration n'aurait donc pas hésité à falsifier des documents officiels afin de pouvoir expulser un maximum de migrants.
Premières comparutions
Le charter est donc une « possibilité » reconnait Julie Chancel qui rappelle qu'en novembre 2008, les autorités françaises avaient renoncer à organiser une opération de retour groupé avec les Britanniques, faisant valoir que « les conditions de sécurité » n'étaient pas réunies. En attendant, c'est dans les prétoires que se déroule la bataille. Hier après-midi, les migrants arrêtés dans la « jungle » devaient comparaître devant les juges des libertés. Les associations comptaient sur les vices de procédures pour les voir libérés.
Par ailleurs, France terre d'asile rendait publics hier quelques chiffres bien dérangeants pour le ministre de l'Immigration... Ainsi, parmi les quelques 130 mineurs interpellés dans la « jungle » et placés dans des foyers, notamment en Moselle et dans le Pas-de-Calais, vingt-neuf avaient déjà disparu sans laisser de traces. Prouvant ainsi, s'il le fallait, l'inutilité d'une telle opération.
Article paru dans l'Humanité du 25 septembre 2009