Une jungle qui en cache d'autres
Par Marie Barbier le vendredi 25 septembre 2009, 07:00 - Migrants de Calais - Lien permanent
REPORTAGE. A Loon-Plage se dresse l'un des dix-neuf campements de migrants répertoriés le long du littoral de la Manche. Démantelé il y a deux mois, il a été reconstruit depuis.
A perte de vue, le plat pays. Et des vagues de dunes pour dernier terrain vague, aurait dit le grand Jacques. Contrairement à la « jungle » de Calais, démantelée avec pertes et fracas mardi matin, celle de Loon-plage, à quelques kilomètres de Dunkerque, se situe en pleine campagne. Ce campement sauvage sert de refuge à une soixantaine de migrants - principalement Afghans, Irakiens et Iraniens. Depuis la fermeture du centre de la Croix-Rouge de Sangatte (Pas-de-Calais), en novembre 2002, ces installations sauvages se sont multipliées le long du littoral de la Manche. La semaine dernière, les associations comptabilisaient dix-neuf « jungles » connues, de Saint-Malo à Roscoff.
Celle de Loon-Plage, édifiée il y a déjà plusieurs années, est régulièrement démantelée par les forces de l'ordre. La dernière destruction au bulldozer date de juin : comme à Calais cette semaine, le campement avait été entièrement rasé.
La destruction de la "jungle" de Loon-Plage le 17 juin dernier
Mais inlassablement, une dizaine de cabanes de fortune ressort du sable. Pour construire ces abris, des palettes ont été recyclées en charpentes et ce sont de véritables petites maisons qui se dressent sur le terrain sablonneux. Chaque cabane est isolée avec des bâches. L'intérieur de la mosquée, entièrement recouvert de plastique blanc, comporte même une Mihrab (alcôve indiquant la direction de la Mecque). Khaled est très fier de relever la couverture pour montrer ce lieu de prière. Le jeune afghan a dormi dans la « jungle » de Calais avant d'atterrir ici. « La bas, dit-il, c'était trop compliqué de passer. »
Car, ici comme à Calais, le but ultime est bien le « passage » : réussir à traverser la Manche pour arriver en Angleterre. Karzan confirme. Origine de Kirkouk en Irak, le jeune homme de 25 ans est bloqué depuis un mois dans le Nord de la France. « La vie est mauvaise ici, c'est pour ça que je veux aller en Angleterre, dit-il dans un anglais parfait. Là-bas, on me donnera une maison et peut-être un passeport ». A la tombée de la nuit, ces migrants désertent le campement pour se rendre près du port. Là, ils racontent l'attente, dans le froid, pendant des heures, sans bouger, pour trouver le bon camion qui les emmènera sur le ferry vers leur eldorado. Parfois, ils reviennent, tabassés par les chauffeurs, ou terminent la nuit au poste de police, avant d'être relâchés au petit matin.
Isolés de tous, ces migrants survivent grâce à l'aide des associations qui apportent repas et premiers soins. « Ils sont dans une errance totale. Ils ne peuvent pas retourner chez eux où ils se sentent en danger, soupire Mathieu Quinette, de Médecins du monde. Où est l'Etat ? Il faudrait accompagner ces gens. On dépense un fric fou pour la répression et rien pour le social ! » Hier, des dizaines de migrants ont été aperçu dans le Dunkerquois, baluchons sur le dos. Certainement des Afghans ayant fui Calais avec l'annonce du démantèlement de la jungle. Visiblement en route vers le Nord, à la recherche de terres plus hospitalières.
Article paru dans l'Humanité du 25 septembre 2009
Les dons sont les bienvenus : chaussures, vêtements, nourriture... Les migrants manquent de tout. Plus d'informations sur le blog des réfugiés du littoral dunkerquois.