A Nîmes, un peu de chaleur après la jungle
Par Marie Barbier le jeudi 22 octobre 2009, 12:00 - A Calais et Paris - Lien permanent
REPORTAGE. Penchés sur des cahiers d’écoliers, ils recopient minutieusement. «Je, tu, il, elle…» Les regards sont concentrés, les écritures appliquées. Mansour Saljoqi, de l’association des Afghans de Montpellier, écrit sur le tableau : «Je mange une pomme». Dix-neuf voix répètent en chœur. «Je vais à Kaboul». L’un d’eux s’amuse : «Je ne vais pas à Kaboul!». Apprentissage de la négation et petits moments de joie, rares et précieux. Depuis trois semaines, ces migrants expulsés de la «Jungle» de Calais et recueillis par les communautés catholiques et protestantes de Nîmes, se reconstruisent, tout doucement.
L'apprentissage des chiffres :
Le 28 septembre, la Cimade les récupère en pleine nuit, à la sortie du centre de rétention de Nîmes : pieds nus, à peine couverts, infectés par la galle et, surtout, traumatisés. On le serait à moins. Le 22 octobre au matin, ces hommes étaient dans la «jungle» de Calais quand les forces de l’ordre détruisent, sous l’œil des caméras, ce campement de migrants. 276 migrants, principalement Afghans, sont interpellés. Les mineurs sont envoyés en foyers, les majeurs répartis dans les centres de rétention. Quarante atterrissent à Nîmes, après 24 heures d’un transfert épouvantable: menottés en permanence, même pour uriner, sans nourriture… Dès le lendemain, le juge des libertés les libèrent pour vices de formes dans la procédure.
On aurait pu croire dès lors que, libérés et désireux de rester en France, ces migrants ayant fui la guerre allaient enfin arriver au bout de leur parcours et de leurs souffrances. C’était sans compter sur l’extrême complexité de la procédure d’asile en France. Ainsi, leur demande d’admission au séjour, en vue de leur demande d’asile, n’a toujours pas obtenu de réponse, malgré la fin du délai légal, lundi dernier à midi. «On reproche à ces gens d’être dans le non droit, mais on les maintient dans le non droit!» s’insurge Jean-Paul Nunez de la Cimade, qui craint que le préfet ne décide de passer leurs dossiers en procédure prioritaire, beaucoup plus expéditive. « En un mois, ils peuvent rejeter leur demande et les mettre dans un charter », explique Fabienne Darritchou, conseillère juridique à la Cimade.
Autant de difficultés juridiques qui minent le moral des afghans. A Nîmes, les bénévoles se relaient pour les aider dans leurs démarches, leur fournir des vêtements, leur prodiguer des soins et de la nourriture. Un temple protestant assure l’accueil de jour, des paroisses catholiques les hébergent pour la nuit. «Ce que nous construisons ici, c’est une alternative à la jungle, souligne Jean-Paul Nunez. Si le ministre avait une once d’intelligence il sauterait sur cette occasion et les régulariserait. »
Mardi soir, une soirée de soutien était organisée pour les Afghans de Nîmes, comme on les appelle désormais. L’un d’eux monte sur scène. Il s’exprime en pachtou, un interprète traduit : «Nous sommes comme des enfants rejetés par leur propre mère. On demande de l’aide à la France et elle ne cesse de nous repousser. Mais qu’est ce qu’ils savent de notre douleur ? De ce qu’on a vécu là-bas ? On n’a nulle part où aller...».
A la soirée de soutien, les migrants entonnent des chants traditionnels afghans :
Article paru dans l'Humanité du 22 octobre 2009


Commentaires
Ces jeunes ont fuit l'ignorance, souhaitent apprendre, le droit le plus basique d'un être humain. Et si au lieu de les renvoyer on leur proposait un enseignement adapté pour faciliter l'intégration?