PORTRAIT. Recruté comme kamikaze, Aziz a fui l’Afghanistan, pensant trouver refuge en France.

En pleine destruction de la jungle, son regard vert nous avait troublé. Il disait son incompréhension, sa tristesse. Sa barbe poivre et sel étonnait : que faisait cet homme à la peau burinée comme celle d’un marin, au milieu de ces jeunes migrants ? A Nîmes, où il a atterri depuis, Aziz (1) nous a raconté son incroyable histoire.

Il parle avec ses mains en regardant l’interprète. Ses phrases sont longues et détaillées. Aziz veut tout dire. Né il y a une quarantaine d’années dans un village du sud de l’Afghanistan, il a onze ans quand les soviétiques débarquent. La famille fuit vers le Pakistan pour un exil qui durera plus de vingt ans. Aziz grandit dans un camp de réfugiés près de Peshawar, où il rencontre sa femme. Ils doivent attendre 2008 avant de remettre les pieds dans leur pays. Quelques semaines plus tard, les talibans l’enlèvent.

Il va rester plus de trois mois dans un camp de recrutement forcé, où le seul divertissement consiste en des vidéos de propagande : opposants égorgés, kamikazes encensés… S’il se transforme en bombe humaine, on lui promet 10 000 dollars pour sa famille. Pour s’en sortir vivant, il prend les talibans au mot, rencontre le chef et accepte une mission : se faire exploser dans une voiture. Il demande des cours de conduite. C’est pendant l’un d’entre eux qu’il réussit à s’enfuir. La traque commence. Réfugié dans les montagnes d’abord, il prend contact avec un passeur qui lui promet « la France ou l’Autriche » pour 11 500 euros. Arrivé à Paris, il est orienté vers Calais. « On choisit pas vraiment où on va, dit-il. C’est ce qu’on entend. » Il va rester cinq mois dans la jungle avant sa destruction. Le passage vers l’Angleterre ne l’intéresse pas. Il se rend au commissariat pour demander l’asile. Réponse des policiers : « On vous donne 2500 euros si vous acceptez de rentrer en Afghanistan ». Sorti du commissariat, il est retourné se terrer dans la jungle.

(1) Le prénom a été modifié