Expulsée avec son cartable
Par Marie Barbier le samedi 24 octobre 2009, 08:00 - Enfants et jeunes majeurs - Lien permanent
Mercredi matin, Nanette Alanhi Bangofa se rendait tranquillement en cours. Cette jeune-fille de dix-neuf ans est en première année de BTS compta-gestion au lycée Jules Siegfried dans le 10e arrondissement de Paris. D’origine congolaise, Nanette est arrivée en France en 2007. Sa mère bénéficie d’une carte de séjour résident de dix ans, son père est décédé. Pour sa majorité, la préfecture de police de Paris lui offre... une obligation de quitter le territoire. Sans argent pour payer un avocat, elle ne fait pas appel.
Contactée au téléphone, Nanette raconte que, mercredi matin, elle est arrêtée par les forces de l’ordre à la gare du Nord. Sans même passer par la case garde à vue, la jeune fille est directement emmenée à l’aéroport d’Orly et mise à bord d’un avion pour Casablanca, puis de Casablanca à Brazzaville. Malgré ses demandes réitérés, les policiers de la laissent pas prévenir sa mère. Ce n’est qu’une fois arrivée sur place, jeudi matin, qu’elle a pu lui téléphoner. Aujourd’hui Nanette se retrouve démunie à Brazzaville, elle n’avait sur elle que deux euros et son sac de cours. Au bout du fil, elle ne cesse de répéter «Faites quelques chose, je ne peux pas rester ici». Elle est logée, pour quelques jours, chez une cousine.
Hier après-midi, 200 élèves du lycée Siegfried se sont rendus à la préfecture de police de Paris pour demander son retour. Réponse des services du préfet : Nanette avait demandé une aide au retour volontaire et se serait rendu "de son propre chef" au Congo. On lui aurait remis une aide de 300 euros pour sa réinsertion. En pleurs, l'intéressée répond : "Je ne sais même pas allée à Orly toute seule. Je n'ai rien mangé depuis mercredi, je veux rentrer en France".
RESF s’inquiète du durcissement préfectoral vis-à-vis des lycéens sans-papiers. « Une pluie d’obligation de quitter le territoire s’est abattu sur les jeunes majeurs ces dernières semaines », dénonce Brigitte Wieser qui précise qu’il s’agirait de la première expulsion d’un lycéen depuis août 2006.