Souleymane rejoint très vite le mouvement. Il dit : «Un jour, tu es forcé de te révolter, de réclamer ce qui te revient de droit». Il va payer cher sa décision de sortir de l’ombre. «Libération» publie sa photo. Son visage y est masqué, mais ses chefs reconnaissent... son chien. «Ils m’ont interdit de revenir. Sans contrat de travail, je ne pouvais rien faire. Je me suis retrouvé trois mois sans boulot, ça a été dur...».

Autre problème : Souleymane ne peut justifier des cinq ans de présence en France indispensables pour obtenir sa carte de séjour «salarié». Une autre solution s’offre à lui : dénoncer son patron. Le ministre de l’Immigration, Eric Besson, a mis en place cette procédure controversée en février 2009. Un sans-papiers peut obtenir sa régularisation s’il dénonce son employeur. Souleymane a donc porté plainte contre X pour «exploitation sur la personne humaine». L’enquête préliminaire suit son cours et Souleymane a sa carte de séjour. «Je ne suis plus la même personne. Maintenant, je peux circuler librement. Je peux bénéficier de la sécu et travailler sous mon propre nom». La SNCF, qui s’était engagé à reprendre les sans-papiers en lutte, l’a recasé chez Effia, où il est agent d’accueil. Lui rêve de reprendre le métier de maître-chien, mais il lui faut attendre un an pour obtenir les autorisations nécessaires.

En Côte d’Ivoire, Souleymane a laissé sa femme et deux garçons, de treize et cinq ans. Pour eux, il garde méthodiquement tous les articles concernant la lutte. «Pour leur raconter le courage, dit-il. Mais aussi la souffrance».

Paru dans l'Humanité du 27 octobre 2009