La réalité sordide des antichambres de l’expulsion
Par Marie Barbier le vendredi 30 octobre 2009, 08:00 - Rétention et zones d'attente - Lien permanent
Des «vies brisées», des «espoirs anéantis», des «familles séparées»... La Cimade a dressé hier un constat accablant de la politique d’enfermement des étrangers en France. Chaque année, plus de 30 000 hommes, femmes et enfants passent par les vingt-six centres de rétention administratives (CRA) de France, antichambres de l’expulsion. La Cimade est la seule association autorisée à y pénétrer pour fournir aux étrangers une aide juridique indispensable. Mais l’association oecuménique précisait hier qu’il s’agissait peut être du dernier rapport complet rendu sur la question. Depuis 2008, le ministère de l’Immigration prévoit de réformer l’aide juridique aux étrangers retenus, notamment en morcelant cette mission. «L’objectif est d’éclater cette mission pour empêcher les associations d’avoir un rôle de contre-poids», dénonce Laurent Giovannoni.
En attendant, la Cimade ne renonce pas à son rôle de témoignage. «Le climat général dans les centres de rétention se dégrade considérablement» dénonce Damien Nantes, responsable du service défense des étrangers reconduits. L’événement marquant de l’année 2008 aura été l’incendie du centre de rétention de Vincennes, entièrement parti en fumée après une révolte des retenus, suite à la mort de l’un d’entre eux. Un centre de 180 places est en cours de reconstruction. Loin d’être exceptionnelle, les révoltes des retenus sont régulières constate la Cimade : «la tension monte. C’est avant tout contre eux-même que les étrangers retournent cette violence : automutilations, tentatives de suicide, grève de la faim se multiplient». Ainsi, en mai 2009, l’association a comptabilisé, pour le seul centre de rétention de Vincennes, neuf tentatives de suicide.
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A l’origine de ces souffrances, l’«industrialisation de la rétention», corollaire de la politique du chiffre. Pour expulser plus, il faut enfermer plus. Une quête des quotas qui pousse à la multiplication des «dérives et absurdités». «L’application mécanique de la loi sans prise en compte des situations humaines conduisent à l’enfermement de femmes enceintes, d’enfants (y compris de nourrissons), de malades, de personnes dont toute la famille est en France, où qui y vivent et y travaillent parfois depuis plus de vingt ans» dénonce l’association. La politique actuelle conduit aussi à des situations kafkaïennes, comme l’arrestation de touristes. Ainsi en mars 2009, dix ressortissants marocains étaient arrêtés à la frontière espagnole, bagages à la main et billets du retour en poche. Placés en centre de rétention, ils ont été expulsés...
Les conséquences de la politique du chiffre, ce sont aussi ces 222 enfants placés en rétention pour l’année 2008, parmi lesquels de nombreux nourrissons, plongés dans un monde de violences et d’enfermement «traumatisant». «Nous constatons de nombreux troubles chez les enfants placés en rétention, écrit la Cimade : irritabilité, troubles du sommeil, mutisme, troubles de l’alimentation, etc.» Ce placement s’organise dans un flou juridique puisque les enfants placés en rétention ne font l’objet d’aucune mesure administrative. Enfin, la Cimade consacre un chapitre au coût des expulsions. Selon l’association, la somme dépensée par l’état, chaque année pour sa politique d’enfermement et d’expulsion, se monte à 533 millions d’euros. Près d’un demi-milliard d’euros dépensés pour une politique qui se «traduit avant tout par des atteintes aux droits des personnes et des drames humains».
Article paru dans l'Humanité du 30 octobre
Malgré de multiples demandes, il nous est toujours interdit de rentrer dans un centre de rétention afin d'un témoigner de ce qu'il s'y passe...
Pour avoir une idée de l'intérieur :
Les très belles photos de David Delaporte
Le livre Feu au centre de rétention, paroles de retenus.
Reportage dans la zone d'attente de Roissy, salle d'attente de la France