A Pau, les jeunes filles en fleurs restent à l’ombre
Par Marie Barbier le lundi 15 février 2010, 17:25 - Arrestations et rafles - Lien permanent
Elles avaient repris les cours depuis quinze jours. Se remettant à peine d’avoir frôlé l’expulsion le mois dernier. Le 25 janvier, trois agents de la police aux frontières (PAF) interpellent Sitti et Liouize à la sortie de l’université de Pau (Pyrénées-Atlantiques). Ces deux Comoriennes de 22 et 24 ans, sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français, sont immédiatement transférées en centre de rétention à Paris, en vue de leur expulsion vers les Comores, où les deux jeunes-filles n’ont plus aucune famille. Elles seront finalement libérées par un juge des libertés pour vice de procédure.
Jeudi dernier, Sitti et Liouize révisent dans une salle d’étude de la faculté de lettres lorsqu’elles aperçoivent des policiers en civil arpentant les couloirs. Elles assurent reconnaître les agents de la PAF à l’origine de leur arrestation. Branle-bas de combat. Les étudiantes sont mises à l’abri dans un lieu tenu secret, où elles se cachent depuis. Dès le lendemain, des centaines d’enseignants et personnels de l’université publient un appel à la désobéissance civique : « Nous (...) prenons nos responsabilités, en hébergeant ces étudiantes, et acceptons les risques, d’une action illégale mais légitime. » La liste s’allongeait jusque 240 noms hier. « Je suis leader syndical depuis vingt ans, je n’ai jamais vu ça, souligne Jean Ortiz, maître de conférence à l’université de Pau et membre du SNESup-FSU. Ca témoigne d’une grande colère contre les méthodes de ce préfet qui ne font pas honneurs aux valeurs de la république ». Outre la violation des franchises universitaires, qui interdisent aux forces de l’ordre d’intervenir dans une université sans l’autorisation de son président, le syndicaliste dénonce les méthodes d’un préfet qui n’aurait pas hésité à demander les dossiers scolaires des deux étudiantes.
Du côté de la préfecture, on assure que les jeunes filles n’étaient pas du tout visées. « Il s’agissait de policiers de la direction départementale de la sécurité publique qui intervenaient, en civils, sur ordre du président de l’université pour y renforcer la sécurité ». Surprise à la présidence de l’université où Jean-Louis Fourcaud, secrétaire général, assure qu’«aucune demande spécifique n’a été faite » : « Nous avons bien demandé à la police de faire des patrouilles pour assurer la sécurité des biens et des personnes, mais rien concernant les étudiants sans papiers ».
Visiblement désireuse de calmer les esprits, la préfecture se défend d’une quelconque «chasse » et assure même qu’il n’y aura aucune poursuite contre Sitti et Liouize, «sauf si on contrôle leur identité par hasard»… C’est justement pour ne pas laisser leur vie entre les mains du « hasard » que Sitti et Liouize sont contraintes de vivre cachées depuis cinq jours. Un rassemblement est prévu aujourd’hui à 18h30 devant la préfecture de Pau.
Article paru dans l'Humanité du 16 février