A Calais, un rassemblement sur le même thème est prévu ce soir à 19 heures. Dans le Calaisis ou à Paris, les différentes associations réclament la mise à disposition urgente de places d’hébergement pour les migrants.

Sur les bords du canal Saint-Martin, le propriétaire d’un local privé, choqué de voir les Afghans dormir dans le froid, a carrément pris la décision de mettre ses vastes locaux à leur disposition pour la nuit. Ils sont donc une soixantaine à dormir au Comptoir général, quai de Jemmapes, aidés par Emmaüs et les Enfants de Don Quichotte.

Ces initiatives interviennent alors que onze afghans sont retenus au centre de Vincennes (Val-de-marne), dans l’attente de leur expulsion. Dépendant de la procédure de Dublin II, qui impose la réadmission de réfugiés dans le premier pays européen traversé, ils doivent être renvoyés vers la Grèce. Un premier vol est prévu pour quatre d’entre eux ce matin à 9h50, au départ de l’aéroport de Roissy.

L'appel d'Atiq Rahimi : Comment peut-on être Afghan à Paris

Ils sont jeunes, certains ont à peine quinze ans, aucun plus de trente. Les plus chanceux ont une écharpe et un bonnet. Presque pas un n’a de gants. Le thermomètre pointe zéro. Qu’est-ce que ça change ? De toute façon, ce n’est pas le maigre brasier, deux planches minables, quatre cageots humides qui vont les réchauffer.
Ils sont cent cinquante à peu près. Cinq cents dans tout Paris, à marcher dans des tennis troués, à tourner, sans trouver où s’arrêter au chaud.

Ils sont Afghans.
Ils ont lâché leur vie, leur famille, leurs amis, leur pays. La plupart viennent de régions contrôlées par les talibans. D’autres non. Quelle importance. Des bombes sautent à Kaboul. C’est tout le pays qui s’abandonne à la guerre.
La France, c’est-à-dire nous, les poursuit comme des criminels. Menottes, avion : c’est aux barbus qu’on les remet puisque les intégristes sont les seuls à leur ouvrir les bras.
Souvenez vous de ce temps : on appelait encore un mineur un enfant. Aucun ministre alors ne se serait permis de nous laisser croire qu’il est bon de laisser un enfant l’hiver dans la rue. Même étranger.
Et il y a certainement eu une époque où on appelait un immigré un homme. Même s’il était sans papier.
Ces enfants, ces hommes sont venus chez nous portés par l’espoir d’échapper à la violence. D’étudier. De mener une vie paisible. D’être dignes. Ce ne doit pas être trop demander.

Ne jetons pas dans les eaux du canal le manteau que St Martin a partagé avec un pauvre.

Atiq Rahimi