L’appel du prix Goncourt Atiq Rahimi pour les Afghans de Paris
Par Marie Barbier le lundi 11 janvier 2010, 09:00 - A Calais et Paris - Lien permanent
«Il y a certainement eu une époque où on appelait un immigré un homme. Même s’il était sans papier.» Ému du sort fait à ses compatriotes afghans dormant dans les rues de la capitale, le prix Goncourt 2008 a saisi sa plume pour lancer un vibrant appel aux autorités.
Chaque
soir, dans la neige et le froid, 150 à 200 migrants, afghans pour la plupart,
dorment sur les bords du canal Saint-Martin. Devant les eaux prises par la
glace, ils n’ont souvent qu’un maigre feu pour se réchauffer. Certains sont
mineurs, d’autres demandeurs d’asile. «Ils sont jeunes, certains ont à peine
quinze ans, aucun plus de trente, écrit Atiq Rahimi. La France, c’est-à-dire
nous, les poursuit comme des criminels. Menottes, avion : c’est aux barbus
qu’on les remet puisque les intégristes sont les seuls à leur ouvrir les bras.»
Lancé jeudi sur internet, son appel a déjà recueilli plus de 500 signatures,
dont celle de Marjane Satrapi, Carole Bouquet, Charlotte Rampling, Patrice
Chéreau ou encore Charlotte Gainsbourg. Hier, en fin d’après-midi, des
centaines de personnes se sont réunis sous un pont du canal Saint-Martin pour
lancer un appel à la mobilisation.
La déclaration d'Atiq Rahimi, Prix Goncourt 2008, dimanche soir :
Celle d'Augustin Legrand, porte-parole des Enfants de Don Quichotte :
Enfin, la prise de parole de Didier Cussernes, d'Emmaüs :
A Calais, un rassemblement sur le même thème est prévu ce soir à 19 heures. Dans le Calaisis ou à Paris, les différentes associations réclament la mise à disposition urgente de places d’hébergement pour les migrants.
Sur les bords du canal Saint-Martin, le propriétaire d’un local privé, choqué de voir les Afghans dormir dans le froid, a carrément pris la décision de mettre ses vastes locaux à leur disposition pour la nuit. Ils sont donc une soixantaine à dormir au Comptoir général, quai de Jemmapes, aidés par Emmaüs et les Enfants de Don Quichotte.
Ces initiatives interviennent alors que onze afghans sont retenus au centre
de Vincennes (Val-de-marne), dans l’attente de leur expulsion. Dépendant de la
procédure de Dublin II, qui impose la réadmission de réfugiés dans le premier
pays européen traversé, ils doivent être renvoyés vers la Grèce. Un premier vol
est prévu pour quatre d’entre eux ce matin à 9h50, au départ de l’aéroport de
Roissy.
L'appel d'Atiq Rahimi : Comment peut-on être Afghan à Paris
Ils sont jeunes, certains ont à peine quinze ans, aucun plus de trente. Les plus chanceux ont une écharpe et un bonnet. Presque pas un n’a de gants. Le thermomètre pointe zéro. Qu’est-ce que ça change ? De toute façon, ce n’est pas le maigre brasier, deux planches minables, quatre cageots humides qui vont les réchauffer.
Ils sont cent cinquante à peu près. Cinq cents dans tout Paris, à marcher dans des tennis troués, à tourner, sans trouver où s’arrêter au chaud.Ils sont Afghans.
Ils ont lâché leur vie, leur famille, leurs amis, leur pays. La plupart viennent de régions contrôlées par les talibans. D’autres non. Quelle importance. Des bombes sautent à Kaboul. C’est tout le pays qui s’abandonne à la guerre.
La France, c’est-à-dire nous, les poursuit comme des criminels. Menottes, avion : c’est aux barbus qu’on les remet puisque les intégristes sont les seuls à leur ouvrir les bras.
Souvenez vous de ce temps : on appelait encore un mineur un enfant. Aucun ministre alors ne se serait permis de nous laisser croire qu’il est bon de laisser un enfant l’hiver dans la rue. Même étranger.
Et il y a certainement eu une époque où on appelait un immigré un homme. Même s’il était sans papier.
Ces enfants, ces hommes sont venus chez nous portés par l’espoir d’échapper à la violence. D’étudier. De mener une vie paisible. D’être dignes. Ce ne doit pas être trop demander.Ne jetons pas dans les eaux du canal le manteau que St Martin a partagé avec un pauvre.
Atiq Rahimi
Commentaires
Chers amis
Marie, 28 ans a essayé de mourir la veille de Noël. Elle attendait un cadeau qui n'est pas arrivé : sa régularisation alors qu'elle vit dans notre commune, Auterive, 31190, depuis 25 ans. Née à l'étranger, mère de deux enfants de père français nés en France, elle est arrivée avec son tuteur légal à Auterive à l'âge de trois ans. Elle a fait toute sa scolarité dans la région Midi Pyrénnées où elle a obtenu deux CAP. Devenue majeure et sans plus aucun lien avec son pays d'origine depuis de très nombreuses années, elle est maintenue dans une « situation irrégulière » par les services de la Préfecture qui lui refusent un titre de séjour. Elle est la victime impuissante de règles de séjour de plus en plus restrictives. Devenue « irrégulière sans papiers », elle subit avec sa famille la précarité sociale car elle n'a ni droit au chômage ni droit au travail, les titres de séjour temporaires ne lui permettant pas d'avoir un emploi stable. Elle subit la précarité administrative en raison de la lourdeur des démarches administratives et des refus non motivés de la préfecture de lui fournir un titre de séjour définitif. Faute de papiers, elle n'a pas le droit non plus de s'inscrire au permis de conduire. Elle ne peut pas vivre sereinement auprès de son compagnon et de ses enfants car elle est devenue, du fait des services administratifs, une clandestine dont notre pays devrait se prémunir. On est aujourd'hui très loin des traditions d'accueil qui lui avaient permis d'échapper à la misère par l'accueil dans une famille auterivaine alors qu'elle était enfant. Les services préfectoraux de la Haute Garonne s'honoreraient de la régulariser.
Nicole Savaric conseillère municipale d'Auterive
MON SOUTIEN AUX PERSONNES EN SOUFFRANCE MORALE ET MATERIELLE CRIANTE,QUE SONT "LES SANS PAPIERS"