Au procès de l'incendie de Vincennes, la justice part en fumée
Par Marie Barbier le mercredi 3 février 2010, 08:00 - Rétention et zones d'attente - Lien permanent
« On ne peut pas participer à un tribunal qui viole ouvertement la loi ». Les mots sont de l'avocate Irène Terrel et visent directement la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris qui continuait de siéger, hier, sans prévenus ni défense. Depuis mercredi dernier, dix incendiaires présumés du centre de rétention de Vincennes sont jugés au tribunal de grande instance de Paris. Mais selon les avocats de la défense, depuis lundi, ce tribunal siège en toute illégalité. « Mercredi à 20 heures, la présidente a annoncé, sans jugement, qu'elle nous imposait trois semaines supplémentaires d'audience, poursuit Irène Terrel. C'est contraire au code de procédure pénal ».
Lors d'une conférence de presse organisée hier au siège de la Ligue des droits de l'homme, les avocats de la défense ont énuméré la longue liste des manquements dans ce procès. « C'est un cas d'école, résume l'avocat Henri Braun. Toutes les règles d'un procès équitable ont été bafouées ». Et de dénoncer, entre autre, des détentions provisoires « qui ne reposent sur rien » et une « instruction entièrement à charge » dans laquelle toutes les demandes de la défense ont été rejetées.
« Je n'ai jamais vu une telle audience nulle part, ajoute maître Laurence Bedossa. On veut statuer dans l'urgence, alors qu'il n'y a aucune urgence. » Quant à savoir pourquoi le tribunal voudrait bâcler un tel procès, pour les avocats de la défense la réponse est simple : « On veut éviter un débat sur les conditions intolérables de la rétention », conclut Sylvie Boitel.
Hier, à l'ouverture des débats, le vice-bâtonnier du barreau de
Paris, Jean-Yves Le Borgne, a solennellement demandé le renvoi du procès.
« Tout se passe comme s'il fallait que la justice passe à tout prix, même
si ce prix est celui du silence » a t'il dénoncé. La présidente du
tribunal a rejeté cette demande de renvoi. Peu après, les débats étaient
suspendus en raison d'un problème de santé de l'un des juges.
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