« Bon retour à Bamako ! »
Par Marie Barbier le vendredi 26 février 2010, 10:37 - Dans le monde - Lien permanent
L'aventure malienne commence au 103, rue la Fayette à Paris. Tous les matins, dès 8 heures, les 1300 intérimaires sans papiers en grève se réunissent dans le sous-sol de cette agence Manpower pour faire le point sur leur lutte : nombre de Cerfa récupérés (promesses d'embauche), entreprises contactées, argent collecté... Après quatre mois de lutte, leur détermination est incroyable.
Je n'y suis pas pour un reportage, mais pour une prise de contacts. Je pars au Mali dimanche : association malienne des expulsés, excision ou anciens combattants, il y a de quoi dire et écrire. J'aimerais aussi parler de la grève des travailleurs sans papiers en France, savoir comment elle est perçue dans ce pays d'où sont originaires la très grande majorité des grévistes. Pour cela, il me faut trouver des familles à Bamako qui accepteront de me parler.
Les grévistes se montrent d'abord réticents. « Ca se passe pas comme ça au Mali, tu peux pas débarquer chez les gens que tu connais pas, m'explique l'un d'eux. Il faudrait que tu y ailles avec quelqu'un ». Aïe, ça commence mal. Méfiants, ils voudraient savoir ce que j'attends d'eux. J'explique : «6000 travailleurs sans papiers sont actuellement en grève en France. Si on retire les chinois qui sont 700, ceux qui restent sont essentiellement Maliens. Il y a donc quelque 5000 Maliens qui ont lancé, en France, une grève inédite. Je voudrais savoir comment ce mouvement est perçu au Mali. Les médias en parlent-ils ? Qu'en pensent les familles ?»
Rassurés et même flattés, les numéros de téléphones bamakois pleuvent. Celui-ci à un grand frère, celui-là sa femme, lui sa soeur. En partant, tous me gratifient d'un grand sourire et d'un « Bon retour à Bamako ! »