A l’association malienne des expulsés (AME), Mahamadou Keita est l’un d’entre eux. Quatorze longues années dans la capitale à se battre pour un bout de papier. En 1996, Keita était dans l’église Saint Bernard quand Jean-Louis Debré en abattit les portes à grands coups de hache. Keita échappe à l’expulsion de justesse, mais pas à une interdiction du territoire de dix ans. Il est arrêté neuf ans plus tard et expulsé, malgré son état de santé plus que fragilisé par onze jours de grève de la faim.

Dans les rues de Bamako ©Marie BarbierC’est quoi « avoir fait Paris » ? « C’est survivre », répond cet homme débarqué hier sur le tarmac de Bamako par des policiers français après cinq ans en France. « On vit pas là-bas, on survit » dira t-il avant de disparaitre dans la nature comme un fantôme. « Il a pas tenu longtemps, soupire Mahamadou Keita, venu l’accueillir à l’aéroport. Cinq ans c’est pas long, la plupart des expulsés reviennent après dix, quinze, vingt ans ». A la guerre, la valeur des combattants se mesure au temps resté au front.

Lui devrait être couvert de médailles : devant sa maison un vieux Soninké nous offre un thé. Il a passé 44 ans à « Paris Ville » et profite aujourd’hui de sa retraite bien méritée : installé dans son fauteuil, devant sa maison qui donne sur une rue en terre battue, il regarde grandir ses petits enfants. Et assure en secouant la tête que, lorsqu’il est arrivé à Paris, en 1964, « c’était pas aussi dur que maintenant».

L’immigration est un sport de combat. Ceux là ont accepté pendant des années des boulots sous-payés, nettoyé les toilettes des hôtels de luxe de la capitale et bâti de leur mains les tours de la Défense. Pour être ensuite jetés aux oubliettes. Si Paris a oublié qui l’a faite, ces Bamakois s’en souviendront toujours.