Deux maîtres-chiens sans papiers de la SNCF en grève de la faim
Par Marie Barbier le mardi 29 décembre 2009, 08:00 - Travailleurs en lutte - Lien permanent
Quatorze mois de lutte et rien. Pas un bout de papier en vue. Depuis octobre 2008, Boubacar Diarra et Sekou Bah se battent, avec trente-six autre maîtres-chiens sans papiers de la SNCF, pour obtenir leur régularisation. Les autres ont reçu la précieuse carte de séjour; eux rien. Pourtant, comme leurs anciens collègues, ces deux Maliens, âgés respectivement de 33 et 28 ans, travaillaient depuis des années pour Vigimak, sous traitant de la SNCF chargés d’assurer la sécurité dans plusieurs gares parisiennes. Leur action collective avait permis de lever le voile sur des conditions de travail indignes : cumulant plusieurs services, ces maîtres-chiens travaillaient jusqu’à trente jours par mois pour un salaire d’environ 900 euros.
Leur sort avait ému jusqu’au ministre de l’Immigration, Eric Besson qui avait saisi la justice. Depuis, la SNCF a rompu ses contrats avec Vigimak et presque tous les vigiles entrés dans l’action ont obtenu gain de cause. Sauf deux. Motifs invoqués par la préfecture : l’un aurait donné un faux document dans son dossier, l’autre multiplierait les faux noms. Des prétextes pour Dominique Malvaud, du syndicat Sud Rail, qui a suivi la lutte depuis le début : «Notre impression, c’est que la préfecture ne veut pas nous donner du 100 %...» Pourtant Boubacar Diarra n’avait pas hésité à dénoncer son patron, croyant, comme l’avait assuré le ministre de l’Immigration dans le cadre de sa circulaire, obtenir sa régularisation.
Face au refus administratif, Boubacar Diarra et Sekou Bah ont choisi la méthode radicale : depuis le 14 décembre, ils ont cessé de s’alimenter. Installés dans les locaux de Sud Rail, les deux grévistes de la faim sont suivis par un médecin. «Ils sont extrêmement déterminés, indique Dominique Malvaud. Ils ne veulent pas lâcher».
Lire aussi le portrait de l'un des vigiles régularisés :
« Un jour, tu es forcé de te révolter »
Article paru dans l'Humanité du 29 décembre 2009