Immigration : quelles alternatives ?
Par Marie Barbier le vendredi 13 novembre 2009, 10:06 - Eclairages - Lien permanent
Lire aussi l'entretien avec le philosophe Michel Feher :
« Les gauches doivent enfin dire que l’immigration n’est pas un problème »
« Il n’y a pas d’alternatives à notre politique» ne cesse de répéter Eric Besson depuis qu’il a pris les rênes du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale il y a onze mois. Les charters vers l’Afghanistan, le démantèlement de la «jungle» de Calais, la chasse aux sans-papiers et à leurs soutiens, les quotas d’expulsions ne seraient donc pas des choix idéologiques mais une nécessité. A entendre le ministre, le gouvernement serait le seul capable de mener une politique rationnelle, tandis que l’opposition se draperait dans les bons sentiments et l’émotion. «Je suis surpris de voir qu’une partie de la gauche fait mine de ne pas comprendre que l’immigration irrégulière sape les fondements du pacte républicain et du pacte social» insistait même le ministre dans «Libération» du 20 octobre dernier, alors qu’il assurait faire «la même politique que Chevènement». La gauche est-elle vraiment «angélique», comme le prétend Eric Besson, sur les questions d’immigration? D’autres politiques migratoires sont-elles possibles ? Nous avons demandé aux responsables des questions d’immigration de quatre partis de gauche (Parti socialiste, les Verts, parti communiste et Nouveau parti anticapitaliste) de répondre à des questions concrètes de politique migratoire. Leur réponse prouvent qu’il existe bel et bien des alternatives à la politique actuelle et que la droite n’a pas le monopole de la raison... Le débat est lancé.
Faut-il régulariser tous les sans-papiers ?
Attention, répond
Sandrine Mazetier, aux « mots barbelés » comme celui de
« régularisation massive ». « Quand nous avons procédé à des
régularisations, elles étaient très nombreuses, mais pas massives. Disons
plutôt que la non régularisation des personnes en situation irrégulière devrait
être exceptionnelle ». Le PS préconise une refonte totale du code de l’entrée
et du séjour des étrangers (Ceseda) qui crée « des stocks considérables de
personnes en situation irrégulière qui n’ont pas vocation à être sans-papiers
».
« Oui, mais il faut
arrêter de produire des sans-papiers, sinon on ne réglera pas le problème »,
répond Djamila Sonzogni. Le parti écologiste prône la liberté de
circulation : assouplissement des visas et ouverture des frontières
européennes. « On met de telles conditions qu’on enferme les étrangers en
France, ils n’ont pas la liberté de repartir chez eux, poursuit Djamila
Sonzogni. Si les personnes peuvent aller et venir, elles n’accepteront pas de
travailler au noir et de s’installer dans la misère. »
Le PCF défend la
régularisation des sans-papiers « entrés légalement sur le territoire
français ». « Or, la majeure partie des personnes aujourd’hui en situation
irrégulière sont entrés en France alors qu’ils étaient en situation régulière,
insiste Eliane Assassi. Ce sont donc les lois, proposées notamment par ce
gouvernement, qui créent des sans-papiers, comme par exemple ces enfants
étrangers qui sont plongés dans une situation irrégulière le jour de leur
majorité.»
Le
parti d’Olivier Besancenot défend la régularisation globale, sans passer par le
cas par cas. « La vague de grèves actuelles montre que les sans-papiers
payent des cotisations et des impôts, mais n’ont pas les droits équivalents,
explique Vanina Jiudicelli. Le gouvernement et le patronat en font des boucs
émissaires de la crise. Les sans-papiers sont une main d’oeuvre corvéable à
merci. » Le NPA demande aussi l’arrêt des contrôles au faciès et des
expulsions.
Faut-il fermer les centres de rétention ?
« C’est nous
qui avons créé les centres de rétention (en 1981, NDLR), comme une alternative
à la détention, rappelle Sandrine Mazetier. A l’époque, il s’agissait d’un
progrès. Mais aujourd’hui, on assiste à une industrialisation inacceptable de
la rétention. C’est horriblement coûteux et ça n’a aucun sens. L’essentiel des
centres de rétention sont inutiles. »
Oui, répond Djamila
Sonzogni, mais cette fermeture doit être « accompagnée d’une autre
politique de l’asile avec le retour de l’application de Genève ». « Les
conditions de rétention sont inhumaines alors que les personnes qui y sont
enfermées n’ont commis aucun délit », poursuit la Conseillère municipale de
Mulhouse, qui dénonce la présence d’enfants dans ces centres « alors
qu’aucune loi ne l’autorise ».
« A terme,
il faudrait effectivement fermer les centres de rétention », répond Eliane
Assassi qui précise que « dans un monde idéal la rétention n’existerait
pas. A plus court terme, le PCF dénonce les conditions dans lesquelles sont
enfermés les retenus. « Il faut une amélioration de ces conditionne,
précise la sénatrice de Seine-Saint-Denis. Pour que ces centres soient un lieu
humanité et non pas déshumanisé comme ils le sont aujourd’hui. »
« Évidemment, c’est le corollaire de la
régularisation globale », répond Vanina Jiudicelli qui dénonce des
« conditions de détention inadmissibles » qui rendent impossibles le
travail de la Cimade, la seule association qui vient actuellement en aide aux
étrangers retenus. « Quand on voit que le gouvernement dépense 420
millions d’euros dans tout ce dispositif d’expulsion des sans-papiers, alors
que l’aide pour les réfugiés est beaucoup plus faible, c’est tout simplement
scandaleux » regrette Vanina Jiudicelli.
Asile : quel accueil pour les réfugiés ?
« La France
est un grand pays de l’asile et doit le rester, insiste Sandrine Mazetier. Or
progressivement, on s’aligne sur ce qui se fait de moins bien ». Et de rappeler
que la contribution de la France au Haut commissariat aux réfugiés (HCR) est
six fois moins importante que celle du Japon. « Il faut répondre à la
situation de dénuement et de détresse des demandeurs d’asile, poursuit la
députée de Paris. Pour l’essentiel, ces personnes, que le gouvernement assimile
à des clandestins, sont persécutées et en danger »
Le parti écologiste
défend le droit à un logement et au travail pour les demandeurs d’asile durant
le traitement de leur dossier. Ces demandes devraient être traitées par une
instance indépendante. « Il faut aussi un assouplissement des critères,
ajoute Djamila Sonzogni. Aujourd’hui pour obtenir le statut de réfugié, il faut
pratiquement un certificat signé par son tortionnaire. Il faut aussi rappeler
que les réfugiés qui viennent en Europe sont une infime partie des réfugiés
dans le monde, ce sont les plus chanceux. » »
Le parti
communiste défend une réforme totale de la législation française dans ce
domaine. « L’asile est en danger, dénonce Eliane Assassi. Aujourd’hui, sur
les quelque douze millions de réfugiés dans le monde, la France en accueille
140 000, c’est la moitié de ce que fait l’Angleterre, le quart de ce que fait
l’Allemagne. La France est donc loin d’accueillir toute la misère du monde et
si elle en prend une part, elle reste très modeste. » Par ailleurs, la
sénatrice dénonce une « instrumentalisation » de l’asile par le
gouvernement qui mélange politique d’asile et immigration.
« Contrairement à ce que dit Eric
Besson, la France n’est pas la première terre d’accueil, on est même loin en
dessous de la moyenne internationale, dénonce Vanina Jiudicelli. L’expulsion
des trois Afghans est extrêmement choquante : on renvoie ces réfugiés vers
un pays détruit, occupé, dans une situation catastrophique. C’est inacceptable
».
Quelle aide pour les pays du sud ?
Le PS préconise
le versement de « contreparties payées par le Nord au Sud » :
« le développement du Nord est en partie appuyé sur la mobilité du Sud,
explique Sandrine Mazetier. On devrait payer des intérêts puisqu’on emprunte
des bras et des cerveaux ». Pour la secrétaire nationale socialiste, le
gouvernement pratique actuellement un « chantage à l’aide au développement
». « Sur les 28 pays prioritaires pour le développement solidaire,
beaucoup ont signé un accord de gestion concerté des flux migratoire ». Enfin,
Sandrine Mazetier alerte sur l’illusion de penser que le développement
freinerait les migrations : « les chercheurs ont montré que l’aide
aux pays du Sud ne diminue pas les mobilités ».
Pour Djamila Sonzogni,
«Le co-développement, ça ne se décrète pas, ça se construit. Il faut arrêter
avec les petites mesurettes et augmenter réellement l’aide au développement qui
est en baisse constante (1% du PIB). » Les Verts préconisent également un
changement dans les rapports Nord-Sud, notamment par le remboursement d’une
dette écologiste : « Avec les politiques actuelles, de plus en plus
de gens ont faim, n’ont pas accès à l’eau, à la santé... Tout cela renforce
l’immigration.»
Le parti
communiste défend l’annulation de la dette des pays en voie de développement et
l’augmentation de l’aide publique au développement. Par ailleurs, « il
faut mettre en place de vraies coopérations qui s’attaquent à la primauté des
marchés financiers sur le développement et l’emploi, explique Eliane Assassi.
Les migrations résultent d’un ordre économique injuste qui étouffe leur
possibilité de développement ».
« La guerre en Afghanistan nous coûte un
million d’euro par jour, constate Vanina Jiudicelli. Cet argent pourrait servir
à aider des populations qui subissent des conflits et occupations. » Le
NPA prône un système d’indemnisations des pays du Sud par les pays
occidentaux : « la France est responsable de la situation
catastrophique dans laquelle se trouve un certain nombre de pays, elle doit
donc leur verser des indemnités conséquentes qui serviront à financer des
activités locales, l’accès au service public, à l’eau, à la santé, etc.»
Article paru dans l'Humanité du 13 novembre 2009
Commentaires
à l'heure où les gouvernants cherchent à noyer les poissons ,et leurs poisons,avec leur fameux et fumeux débat sur l'identité nationale, il est clair que les nations s'identifient, se calquent les unes sur les autres;le peuple, le citoyen lambda, qu'il soit Français, Allemand,Italien, etc n'a rien à voir ni aucune identité à réclamer avec "ces gens là"
qui nous gouvernent d'une poigne et d'un pognon internationaux qui ont une évidente identité entre elles en même temps qu'avec un certain passé commun, et commis par leurs ancêtres.Nous n'avons, nous,aucune identité avec eux; par contre nous pouvons (devons) avoir une identité certaine entre nous, tous les révoltés, les désobéissants de tous pays