L’enfermement des étrangers sous surveillance
Par Marie Barbier le mardi 11 mai 2010, 16:01 - Enfermement - Lien permanent
Plusieurs associations (Cimade, secours catholique, Emmaüs...) ont lancé hier le premier observatoire national sur le sujet. Explications d'Arnaud Veisse, directeur du Comité médical des exilés, membre fondateur.
En quoi va consister cet observatoire national de l’enfermement des
étrangers ?
L’idée de créer un observatoire est venue lors de la réforme de la rétention à
l’automne 2008. Cette réforme prévoyait d’instaurer une clause de
confidentialité des associations présentes dans les centres de rétention, ce
qui était extrêmement dangereux puisque le but de la présence associative est
au contraire de témoigner. Nous sentions qu’il y avait un besoin de
coordination, de témoignages et d’analyse de la part de la société civile. Très
vite, nous avons décidé de débattre plus largement du processus d’enfermement
des étrangers comme gestion administrative de l’immigration : centres de
rétention, zones d’attente, et détention ; Cette dernière pose la question
d’un traitement discriminatoire des étrangers puisque certains sont en prison
uniquement parce qu’ils ont refusé de monté dans un avion.
L’objectif est d’obtenir une vision globale de cet enfermement
?
Tout est tellement fragmenté qu’aucun acteur n’a une vision globale de ce qui
se passe entre un local de détention ici, une zone d’attente là et une maison
d’arrêt ailleurs. Pourtant, il s’y passe des choses au service d’une même
politique d’immigration. Tout cela dessine une politique d’enfermement des
étrangers dans laquelle il y a des risques pour le respect des droits. D’autant
que cela se passe en dehors du regard de la société. L’objectif de
l’observatoire est double : obtenir des informations sur ce qui se passe à
l’intérieur grâce aux gens qui y travaillent, analyser et, si besoin est,
alerter l’opinion publique. L’enfermement systématique des étrangers est une
réponse politique absurde et inefficace quant aux objectifs affichés de lutte
contre l’émigration irrégulière : les gens ne sont pas moins là, ils sont
simplement plus enfermés !
En tant qu’association médicale, quelles conséquences physiques et
mentales constatez-vous ?
Depuis longtemps nous sommes sollicités pour aider les étrangers malades qui
sont retenus alors qu’ils n’ont rien à faire en rétention, puisque
théoriquement ils sont protégés de l’éloignement en raison de leur état de
santé. Nous constatons que les conditions de santé dans les centres de
rétention sont de plus en plus proches des celles des prisons : violences,
automutilations, pathologies mentales et des pathologies mentales qui peuvent
aller jusqu’aux psychotraumatismes.
Entretien paru dans l'Humanité du 11 mai 2010