L’histoire de Guilherme en photos
Par Marie Barbier le mercredi 30 novembre 2011, 14:00 - Livres, films, musiques... - Lien permanent
C’est l’histoire d’une lutte. Une lutte longue
et acharnée que ses protagonistes n’oublieront pas de sitôt. Les lecteurs de
l’humanité aussi s’en souviennent : le 8 avril 2010, quelques minutes
avant minuit, Guilherme Hauka Azanga ressort libre du centre de rétention de
Bobigny. Une victoire pour ce père de famille angolais qui a échappé à quatre
tentatives d’expulsion et purgé deux mois de prison pour avoir voulu vivre en
France alors qu’il n’était pas un immigré « choisi ». Avec une violence
aveugle et opiniâtre, l’administration française s’est acharné sur cet homme -
« grain de sable dans la machine à expulser », comme le titrait alors
l’Humanité - n’hésitant pas à utiliser un avion privé pour le faire quitter le
pays à tout prix.
Le photographe Bertrand Gaudillère, du collectif Item, a suivi toute cette mobilisation : manifestations hebdomadaires sur la place des Terreaux à Lyon, attentes interminables dans les tribunaux et séjours à Paris. Ses photos en noir et blanc racontent avec force ce combat acharné. Outre celui de Guilherme et de sa compagne Florence, cette lutte est aussi celle des parents d’élèves de l’école Gilbert Dru, où sont scolarisés les deux enfants de Guilherme, nés en France. Des centaines d’anonymes qui s’élèvent collectivement contre la politique du chiffre en occupant jour et nuit l’école de leurs enfants pour soutenir Guilherme. Autour d’eux, des dessinateurs jeunesse créent le site gmain.fr, sur lequel l’auteur Thierry Lenain dessine la lettre G dans une paume, devenue le symbole de la lutte pour Guilherme.
C’est aussi la force de ce livre justement nommé « Des chiffres, un visage » : faire sortir de la politique des quotas d’expulsion, une histoire, un nom. « Un visage parmi d’autre pour rappeler que derrière les chiffres il y a des hommes, écrit Bertrand Gaudillère. Pour rappeler qu’une expulsion est un acte lourd de conséquences. » Guilherme, un homme qui devait être parmi les 28 000 expulsés de l’année 2010 ; un homme parmi les 35 000 hommes, femmes et enfants placés chaque année en centre de rétention. Les chiffres, se sont aussi ceux du coût d’une telle politique : le budget annuel des expulsions est estimé à 533 millions d’euros, les quatre tentatives pour forcer Guilherme à quitter le territoire auraient coûté aux contribuables 160 000 euros…
L’épilogue de ce formidable combat n’est pas heureux. Une fois les caméras parties, le photojournaliste a continué à suivre Guilherme, toujours sans-papiers. Durant plusieurs semaines, il décidera de quitter Lyon pour se cacher, effrayé par les contrôles de police qui pourrait le renvoyer en centre de rétention. Il reviendra quelques mois plus tard, où il sera vu sur la scène de Bercy pour le concert Rock sans papiers.
A l’heure actuelle, plus aucune procédure de régularisation n’est en cours, Guilherme ayant épuisé tous les voies possibles pour obtenir un titre de séjour. Reste une seule solution, la régularisation à titre humanitaire que seul le préfet est à même de délivrer.
« Des chiffres un visage », de Bertrand Gaudillère, Libel, 18 €.