Le Palais Bourbon rénové par des sans-papiers !
Par Marie Barbier le jeudi 14 janvier 2010, 08:00 - Travailleurs en lutte - Lien permanent
Ils sont venus avec leurs badges magnétiques.
Dessus : leur nom d’emprunt, une photo d’identité et, à côté du logo
Bouygues, écrit en lettres violettes : « Assemblée nationale ».
Pendant près de deux ans, des intérimaires sans papiers employés par la société Adec, sous traitant de Bouygues, ont travaillé à la rénovation d’une annexe de l’assemblée nationale, 101 rue de l’université dans le 7e arrondissement de Paris. Depuis le 12 octobre, ils sont soixante-deux à occuper l’ancien hôtel Majestic près de l’arc de triomphe dans le cadre d’un vaste mouvement de grève lancé à l’appel de onze organisations.
Hier, entourés de députés de gauche et de droite et devant de nombreux journalistes, ils ont décrit leur conditions de travail effroyables : « J’étais sur le marteau-piqueur du matin jusqu’au soir, raconte Sako Bilali qui travaillait 39 heures par semaine pour 350 euros en moyenne. Quand Khadafi (président libyen, NDLR) est venu, ils ont renforcé les contrôles de sécurité on a pas pu travailler pendant trois jours ». Doucouré (lire son portrait dans l’Humanité du 31 décembre) a déclaré, d’une voix rendue blanche, par l’émotion : « Nous demandons à ce que les patrons et le gouvernement s’engage à nous régulariser. On cotise et on n’a le droit à rien. Nous voulons retrouver notre dignité ».
« Nous interpellons le président de l’assemblée nationale mais aussi les questeurs, a déclaré Noël Mamère, député vert. Comment ont-ils pu ignorer que des travailleurs sans papiers travaillaient dans cette maison ? ». Pour le Parti de gauche, Martine Billard a demandé leur régularisation : «Il serait normal que ces travailleurs soient régularisés après tous les services qu’ils ont rendu à la république.» Le porte-parole des députés communistes, Roland Muzeau a exigé une circulaire de régularisation des travailleurs sans papiers «égalitaire et qui reconnaisse le travail fait». Les députés du Modem François Bayrou et Jean-Luc Benhamias ont envoyés un message pour assurer ces travailleurs de leur soutien.
«Conflit du travail»
La socialiste Sandrine Mazetier a demandé à ce que ce conflit ne soit pas traité par le ministère de l’Immigration, mais par celui du travail puisqu’il s’agit «authentiquement d’un conflit du travail» qui «démontre que des secteurs entiers de l’économie fonctionne sur l’exploitation de travailleurs». Enfin, deux députés UMP avaient aussi fait le déplacement. « S’il s’avère qu’une entreprise a sollicité, de manière délibérée, des travailleurs en situation irrégulière, elle doit être sanctionnée » a assuré Francoise Hostalier, tout en restant très prudente sur une possible régularisation de ces travailleurs, parlant d’un « examen au cas par cas ». Ce à quoi Doucouré a saisi le micro pour déclarer de sa plus belle voix : « Honorables, nous vous demandons de tous nous régulariser ». Affaire à suivre.
Article paru dans l'Humanité du 14 janvier 2010