La CGT et les sans-papiers : un mariage d’amour et de raison
Par Marie Barbier le lundi 28 juin 2010, 08:30 - Travailleurs en lutte - Lien permanent
ENQUÊTE. C’est l’histoire d’une rencontre. Une rencontre entre des travailleurs sans droits et le premier syndicat de France. Après trois ans de lutte, cette union vient de porter ses fruits : le ministre de l’Immigration a été contraint de faire marche arrière, concédant des « ajustements » dans sa circulaire sur la régularisation par le travail. Retour sur une histoire qui finit bien, une fois n’est pas coutume.

Il faut remonter à septembre 2006 pour trouver les prémices de cette histoire. Des sans-papiers viennent trouver Raymond Chauveau de l’Union locale CGT de Massy (Essonne). « Des travailleurs venaient chercher un syndicat, normalement c’est plutôt l’inverse, se souvient Franck, de la CGT du Val-de-Marne, qui a participé à ces premières luttes. Nous avons lancé la grève à Modelux. Ensuite, il y a eu Metalcouleur à Bonneuil, puis Buffalo qui a été médiatisé. En 2008, c’est devenu un mouvement de masse. C’est là, surtout, qu’on a découvert leur détermination et leur courage exceptionnels. On a pris une grande leçon d’humilité. »
Sortir de l'ombre
En 2007, des centaines de sans papiers sortent de l’ombre. La loi Hortefeux, qui vient d’être adoptée, ouvre une brèche dans la régularisation par le travail. En 2008, le mouvement s’organise : le 15 avril, la première vague de grèves et d’occupations est lancée par la CGT et Droits devant. Une première. « On n’avait jamais vu ça, se souvient Jean-Claude Amara, porte-parole de Droits devant. C’était un tandem assez hybride : une confédération avec une association, c’était historique ! » Depuis des années, Droits devant essaye de mobiliser sur la régularisation par le travail. « On était assez isolés, poursuit Jean-Claude Amara. Le fait qu’un syndicat de travailleurs entre dans la lutte a permis de gagner une légitimité et une audience jamais acquise jusque là. On a gagné la bataille de l’opinion publique : de sans papiers, ils sont devenus travailleurs. »
De cette rencontre naît une nouvelle forme de lutte : la grève. Jusqu’à présent, les sans-papiers privilégiaient les occupations d’église ou les grèves de la faim. Dès 2006, ils choisissent de cesser le travail pour faire pression sur leurs employeurs. La grève, la CGT connaît. Mais celle des sans-papiers porte ce mode d’action à son paroxysme : en se dévoilant au grand jour, ils risquent bien plus que la plupart des grévistes. « Ils n’ont plus de revenus, détaille Franck, de la CGT. Sans argent, ils perdent leur logement et se retrouvent à la rue. Ils peuvent se retrouver exclus de tout. Il en faut du courage pour traverser tout ça. »
Marginaux
Pour René Mouriaux, historien spécialiste du syndicalisme français, ce mouvement ne se pose pas comme une rupture pour la CGT, mais bien dans la continuité de son histoire : « Les courants critiques révolutionnaires de la CGT, ceux à influence communiste, ont toujours soutenu les immigrés, au nom de l’internationalisme : les immigrés font partie de la classe ouvrière ». En prenant à bras le corps, la cause des travailleurs sans papiers, la CGT « a montré sa capacité à rejoindre des gens qui sont par définition des marginaux, qui ne peuvent être visibles puisque sinon on les met dehors » poursuit le politologue qui modère : « Malgré tout, ce combat n’a pas été porté par toute la CGT. Les fédérations et certaines structures locales n’en ont pas eu la force. Il y a tellement d’actions à mener, que celle-ci n’a pas pu être tenue par tous. » Ce qui explique la limitation géographique d’un mouvement, resté principalement franciliens.
A
la confédération, la défense des sans-papiers n’est pas sans créer de débats.
« Au début nous étions une fraction à nous battre pour cette idée, se
souvient Franck, du Val-de-Marne. Certains militants considéraient qu’il
fallait d’abord régler le problème des travailleurs, ensuite on s’occuperait
des sans-papiers.» En dehors du syndicat aussi l’initiative fait débat.
Certains lui reprochent de limiter une lutte qui devrait s’étendre à l’ensemble
des sans-papiers. « Quand des associations nous disent qu’il faut se
battre pour la régularisation de tous, je leur réponds : Trouvez-moi un
seul sans papiers qui ne soit pas venu ici pour travailler ! » lance
Franck.
Évacuation de la bourse du travail
Autre opposition à laquelle le syndicat doit faire face : les travailleurs isolés. Durant la première vague de 2008, la CGT refuse de monter des piquets de grève dans les entreprises qui ne comptent qu’un ou deux salariés sans papiers. Trop dangereux, tranche t-elle. Une partie d’entre eux décide alors d’occuper la bourse du travail, à Paris. Après quatorze mois d’occupation, les gros bras de la CGT évacuent la bourse, manu militari, le 24 juin 2009. L’image du syndicat proche des sans-papiers en prend un coup…
Le syndicat tente de faire oublier cet épisode, mettant en avant la longue lutte menée auprès des milliers des sans-papiers. D’autant que le mouvement des travailleurs sans papiers lui a ouvert de nouvelles portes, l’aidant à pénétrer dans des secteurs difficilement accessibles. « Ce combat a permis à la CGT d’être présente sur le secteur névralgique de la situation actuelle du salariat, constate René Mouriaux. Outre les CDI, les grandes entreprises et le secteur public, il s’agit d’être aussi présent dans les zones de surexploitation. »
Armée de syndicalistes
Autre atout pour la CGT, elle s’est constituée une armée de syndicalistes prêt à en découdre. « Ceux qui étaient les plus conscients sont restés organisés à la CGT, constate Franck. Ils participent activement à l’activité syndicale. En même temps, ils n’ont pas oublié d’où ils viennent : beaucoup sont passés sur les nouveaux piquets de grève. » Pour Jean-Claude Amara, cet engagement est fondamental : « On n’en voit pas encore l’émergence, mais on sait que les copains régularisés continuent la lutte aux côtés de leurs collègues français. Ils se retrouvent dans des combats communs et cet alliage social est fondamental ».
Article paru dans l'Humanité du 28 juin 2010
Commentaires
Bonjour
Mardi soir une descent de police a eu lieux dans un foyer de la rue du chevaleret dans le 13e arrondissment l'intervention a duré de 19h à plus de minuit
J'habite en face du foyer concerné j'ai mis un vidéo de
l'évènement sur youtube elle est visible à l'adresse :
http://www.sanspapiers.infos.st/
cordialement