La double peine kafkaïenne de Mounir Lamhammah
Par Marie Barbier le lundi 16 novembre 2009, 10:03 - Expulsions - Lien permanent
« J'ai payé ma dette, soupire-t-il. Je voudrais juste refaire ma vie ». Mounir Lamhammah a 31 ans, dont 24 passés en France. Un an après sa sortie de prison, il est convoqué aujourd’hui à la préfecture pour être renvoyé au Maroc, son pays d’origine. Une aberration au regard de son parcours : Mounir vit en France depuis l'âge de sept ans, toute sa famille est régularisée, il est père d'un enfant de cinq ans et vit en concubinage avec une Française.
Mounir se retrouve au centre d'une histoire kafkaïenne, où justice et administration ne cessent de se contredire. Le jeune homme, lui, essaye de se réinsérer après sept ans de prison. « On le jette dans un comportement délinquant, fulmine son avocate Karine Shebabo. Avec ce qu’il vit, il faut être très fort pour ne pas tomber. »
Condamné à douze ans de réclusion par la cour d’assises, Mounir Lamhammah sort de prison en octobre 2008 grâce à un « comportement exemplaire », selon son avocate. Jusqu'en 2012, il est soumis au régime de la libération conditionnelle : obligation de travailler, d’indemniser ses victimes et interdiction de quitter le territoire. Pour la justice, Mounir a purgé sa peine et doit maintenant réussir sa réinsertion dans la société.
L’administration française, en revanche, le considère comme une « menace grave à l'ordre public ». Pourtant, à sa sortie de prison, Mounir obtient un titre de séjour avec autorisation de travailler et trouve un emploi en CDI comme ouvrier dans le bâtiment. Tout bascule quand son dossier est transféré à Paris, quelque mois après sa libération. Contredisant toutes les décisions prises par son collègue de Seine-et-Marne, le préfet de la capitale refuse de prolonger l'autorisation de séjour : Mounir ne peut plus travailler depuis janvier et doit être expulsé du territoire. Il est convoqué aujourd'hui, à 9 heures, « en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement ».
« C’est une violation de la séparation des pouvoirs, tempête Maître Karine Shebabo. L’autorité administrative fait entrave à une décision de justice ». En attendant la décision du tribunal administratif de Paris qui doit statuer vendredi sur cette expulsion, Mounir se rendra aujourd’hui à sa convocation en préfecture pour «se confronter », dit-il, à ses contradicteurs. Il pourrait être placé en centre de rétention.