A la préfecture du Pas de Calais, on précise que ces Soudanais sont « taiseux » ce qui complique beaucoup leurs reconduites à la frontière... « Ce mutisme réitéré est un obstacle à la mesure de reconduite, cela pourrait faire l’objet de poursuites judiciaires » précise Ivan Bouchier, directeur de cabinet du préfet du pas de Calais qui nie tout vol groupé programmé.

Joint par téléphone hier, Robou Tombo, sauvé de l’expulsion in extremis hier matin, nous a raconté son parcours en arabe : arrivé en France il y a un an, cet homme a fui la guerre civile qui ensanglante le Darfour depuis 2003. « Je suis venu en France pour fuir la guerre. Je suis menacé de mort là-bas ». Le droit d’asile ? Il n’en a jamais entendu parler. Tout comme il assure n’avoir jamais tenté de passer en Angleterre par le tunnel sous la Manche.

Pourtant au cabinet d’Eric Besson, on explique que ces hommes ont été placés en rétention pour leur propre « protection » ! Ils ont été interpellés pour « marquer la volonté des services de l’État de veiller à la sécurité de personnes qui auraient tenté de multiples intrusions à l’intérieur du tunnel sous la manche ».

Aucune loi n’interdit à la France d’expulser vers des pays en guerre, mais il existe des périodes de tolérance. Ainsi, les reconduites vers le Soudan étaient presque à l’arrêt depuis des années, malgré quelques exceptions. Pour Jacky Mamou, président d’Urgence Darfour, la reprise des expulsions seraient inacceptables : «Il n’y a pas de paix au Darfour, rappelle t-il. Ces gens là sont en danger, ils viennent ici chercher un refuge ». Cette tentative intervient quelques jours après la réélection à la tête du Soudan d’Omar el-Bachir, sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Darfour.

Article paru dans l'Humanité du 29 avril 2010
Traduction : Mustapha Hamidouche