A 16h15, Amadou est placé en rétention. La préfecture, visiblement pressée d’en finir, réserve alors une place sur le vol Paris-Dakar du 13 août à 16h15. «C’est très curieux, note Me Sow. Ils avaient déjà programmé la reconduite à la frontière, alors que les délais d’exercice des droits de mon client n’étaient pas expirés.» Et justement, le 13 août au matin, le juge des liberté et de la détention ordonne la remise en liberté d’Amadou D., jugeant les conditions de son interpellation contraire à la Convention européenne des droits de l’homme.

Peu importe pour les forces de l’ordre, qui passent outre la décision du magistrat : sans pouvoir récupérer ses effets personnels au centre de rétention, Amadou est mis dans une voiture, direction Roissy ! « Juridiquement ce n’est pas une infraction, précise Me Sow, puisque la décision du juge n’était applicable qu’à la fin du délais des 48 heures, soit quatre heures après. Mais je n’ai jamais vu ça ! Dans cette affaire, tout est allé trop vite.» La préfecture quant à elle assure que « la légalité a été parfaitement respectée dans cette affaire ». Sur le tarmac, Amadou souhaite demander l’asile, comme la convention de Genève l’y autorise et ce qui stopperait immédiatement la procédure d’expulsion. Les policiers refusent. Son avocat, qui suit la scène par téléphone, n’en revient pas : « C’est gravissime, c’est une violation caractéristique des traités internationaux ». Le conseil doit faire lui-même la demande pour qu’elle soit acceptée. In extremis, Amadou est sauvé de l’expulsion. Le soutien du milieu universitaire d’Orléans et des réseaux éducation et université sans frontières ont sans doute aussi joué en faveur de cette libération. De retour à Orléans, Amadou organise désormais sa défense pour pouvoir faire sa rentrée universitaire en septembre.

Article publié dans l'Humanité du 17 août