Rassemblement tous les après-midi, place de la République @Marie Barbier«En contre partie de notre départ volontaire, la préfecture s’est engagée à examiner 300 dossiers avec bienveillance», explique Djibril Diaby, du CSP75. Les premières convocations, envoyées samedi, commencent aujourd’hui et s’étalent jusqu’en décembre. «Tous les après-midi, on se rassemble pour monter les dossiers et organiser les accompagnements», poursuit Djibril. Au milieu de la pelouse, Hamidou Camara étale devant lui douze pochettes rouges, pour autant d’années passées en France. Face à lui, Moussa Kane, assis sur une souche d’arbre, trie les papiers d’un geste expert. «On sépare les preuves probantes des autres, explique ce délégué du CSP. Il faut deux preuves par semestre». Depuis 2003, les dix ans de présence en France ne suffisent plus pour obtenir un titre de séjour, le gouvernement privilégiant les régularisations par le travail. Mais, contrairement aux sans-papiers soutenus par les syndicats qui peuvent compter sur une pression collective, ceux du CSP75 ont toutes les peines du monde à récupérer des promesses d’embauche. «La majorité de nos adhérents sont des travailleurs isolés dans des entreprises tenues par des patrons voyous, accuse Djibril Diaby. Beaucoup ont même été licenciés après avoir demandé leur régularisation.»

Mahamadou Camara @Marie BarbierMahamadou Camara est de ceux-là. Crâne rasé et petit bouc, ce Malien de 36 ans est venu faire vérifier son dossier auprès du collectif. «J’ai travaillé dans un centre de tri des déchets pendant trois ans, ils m’ont mis dehors quand ils ont découvert que je n’avais pas de papiers. A la préfecture, on me dit qu’il faut que je trouve un patron pour avoir des papiers...» Pour tenter de s’extirper de ce scénario kafkaïen, Mahamadou a rejoint le Ministère de la régularisation en octobre dernier.

Depuis samedi matin, il se retrouve sans hébergement, comme des dizaines d’autres évacués volontaires. Anna Verissimo, de la ligue des droits de l’homme du 18e, estime à une centaine le nombre de personnes dans cette situation. «Certains sont à la rue, d’autres dans le métro, détaille t-elle. Ils sont éparpillés parce qu’ils ont peur, ils ne sont pas visibles.» Quelques-uns ont trouvé un hébergement d’urgence, mais le Samu social indique ne pas avoir reçu de consignes de la préfecture, contrairement a ce que celle-ci prétend. Les soutiens ont fait appel à des élus parisiens hier, les alertant sur cette «situation d’extrême précarité».

Avec cet éparpillement, le collectif risque aussi de s’affaiblir. Djibril Diaby se veut rassurant, prévoyant une «grande réunion unitaire avec les partis de gauche et les associations à la rentrée». L’urgence : trouver un nouveau local pour le CSP75, car, «sans local le mouvement est mort : si on est regroupés on est fort, si on s’évapore, ce n’est pas bon...»

Article paru dans l'Humanité du 11 août 2010