Les sans-papiers parisiens sans ministère
Par Marie Barbier le mercredi 11 août 2010, 08:30 - Travailleurs en lutte - Lien permanent
«Ceux qui sont convoqués cette semaine passent en premier !» crie un homme à la cantonade. Depuis le début de la semaine, le square Henri Christiné, sise au milieu de la place de la République à Paris se transforme, chaque après-midi, en bureau pour le moins précaire du Collectif des sans-papiers de Paris (CSP 75). Entre 14 heures et 17 heures, les pelouses se couvrent de documents : relevés de compte, déclaration d’impôts et autres papiers indispensables pour une demande de titre de séjour.
Samedi dernier, à 8h30, les quelques 3000 sans-papiers qui occupaient depuis un an les locaux de la Caisse primaire d’assurance maladie, rebaptisés « Ministère de la régularisation de tous les sans papiers », rue Baudelique (Paris, 18e), ont évacué les lieux dans le calme. La préfecture de police de Paris leur avait laissé jusqu’à 10 heures pour partir volontairement, suite à une décision de justice qui ordonnait l’évacuation de ces locaux promis à une «phase de restructuration complète» : création d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées, d’un centre de rééducation, d’une crèche et de logements sociaux.
«En
contre partie de notre départ volontaire, la préfecture s’est engagée à
examiner 300 dossiers avec bienveillance», explique Djibril Diaby, du CSP75.
Les premières convocations, envoyées samedi, commencent aujourd’hui et
s’étalent jusqu’en décembre. «Tous les après-midi, on se rassemble pour monter
les dossiers et organiser les accompagnements», poursuit Djibril. Au milieu de
la pelouse, Hamidou Camara étale devant lui douze pochettes rouges, pour autant
d’années passées en France. Face à lui, Moussa Kane, assis sur une souche
d’arbre, trie les papiers d’un geste expert. «On sépare les preuves probantes
des autres, explique ce délégué du CSP. Il faut deux preuves par semestre».
Depuis 2003, les dix ans de présence en France ne suffisent plus pour obtenir
un titre de séjour, le gouvernement privilégiant les régularisations par le
travail. Mais, contrairement aux sans-papiers soutenus par les syndicats qui
peuvent compter sur une pression collective, ceux du CSP75 ont toutes les
peines du monde à récupérer des promesses d’embauche. «La majorité de nos
adhérents sont des travailleurs isolés dans des entreprises tenues par des
patrons voyous, accuse Djibril Diaby. Beaucoup ont même été licenciés après
avoir demandé leur régularisation.»
Mahamadou Camara est de ceux-là. Crâne
rasé et petit bouc, ce Malien de 36 ans est venu faire vérifier son dossier
auprès du collectif. «J’ai travaillé dans un centre de tri des déchets pendant
trois ans, ils m’ont mis dehors quand ils ont découvert que je n’avais pas de
papiers. A la préfecture, on me dit qu’il faut que je trouve un patron pour
avoir des papiers...» Pour tenter de s’extirper de ce scénario kafkaïen,
Mahamadou a rejoint le Ministère de la régularisation en octobre dernier.
Depuis samedi matin, il se retrouve sans hébergement, comme des dizaines d’autres évacués volontaires. Anna Verissimo, de la ligue des droits de l’homme du 18e, estime à une centaine le nombre de personnes dans cette situation. «Certains sont à la rue, d’autres dans le métro, détaille t-elle. Ils sont éparpillés parce qu’ils ont peur, ils ne sont pas visibles.» Quelques-uns ont trouvé un hébergement d’urgence, mais le Samu social indique ne pas avoir reçu de consignes de la préfecture, contrairement a ce que celle-ci prétend. Les soutiens ont fait appel à des élus parisiens hier, les alertant sur cette «situation d’extrême précarité».
Avec cet éparpillement, le collectif risque aussi de s’affaiblir. Djibril Diaby se veut rassurant, prévoyant une «grande réunion unitaire avec les partis de gauche et les associations à la rentrée». L’urgence : trouver un nouveau local pour le CSP75, car, «sans local le mouvement est mort : si on est regroupés on est fort, si on s’évapore, ce n’est pas bon...»
Article paru dans l'Humanité du 11 août 2010


Commentaires
Merci de cet article, j'espère que les soutiens vont leur (re)venir et se renforcer ! Il est nécessaire que les partis de gauche et les associations acceptent leur autonomie et les soutiennent, quels que soient les aléas.