Madalina-Maria, mère de famille rom, veut sortir de la spirale infernale
Par Marie Barbier le mercredi 28 juillet 2010, 08:30 - Roms migrants - Lien permanent
Elle n’a rien. « Pas un centime », dit-elle dans un Français approximatif. Mais elle ne demande rien. La mendicité, Madalina-Maria Candoi a décidé d’en sortir. Mais comment faire seule, avec deux enfants, sans rien ? Une amie lui a acheté quelques couches pour la petite, un paquet de gâteaux sur la table sera certainement le seul repas de la journée. Et après ? Elle hausse les épaules, la jeune femme vit au jour le jour depuis son retour en France il y a deux semaines, après avoir été expulsée vers la Roumanie. Son dénuement rappelle des temps passés, quand les œuvres sociales n’existaient pas. Seule aide qui nous rappelle que nous sommes bien au XXIe siècle : depuis deux semaines, Madalina-Maria est logée par le Samu social.
Elle reçoit donc dans une petite chambre, au fond du couloir lugubre d’un hôtel moderne et sans âme. Un grand lit, un petit bureau, une fenêtre qui donne sur une départementale de banlieue parisienne. Madalina-Maria Candoi a 25 ans, mais son corps marqué témoigne de la dureté de sa vie. Elle dit : « je suis Rom, pas Rom Rom ». Insiste : « Les Roms Roms portent des jupes longues », elle porte des pantalons et baragouine à peine le Romani, elle est donc juste Rom. Tendance moderne, pas traditionnelle. Madalina-Maria a grandit à coté de Bucarest dans un petit village où, dit-elle, il n’y a « pas de ressources, pas de travail ». A 21 ans, elle décide de venir chercher du travail à Paris avec son frère. Elle est enceinte, mais le père n’a pas voulu suivre. Immédiatement, elle se retrouve dans les bibonvilles de la région parisienne qui fleurissent pour les Roms : Créteil, Ivry puis Saint-Denis, depuis deux ans. Elle a connu les « baraques de cartons » sans eau ni électricité, éclairées à la bougie ; les réveils à l’aube par la police qui vous déloge ; la mendicité, ses deux enfants sous le bras. Son mari, le père de la petite Esmeralda, est en préventive à Fresnes depuis sept mois.
Au milieu de ce
marasme et du racisme ambiant qu’elle aborde à demi-mot, Madalina-Maria a
croisé quelques Français bienveillants. Cet homme qui tenait une salle de sport
près du campement de Créteil et leur permettait de tirer de l’eau, « Mme
Malika » du Réseau éducation sans frontières (RESF) de Saint-Denis qui
s’est battue pour empêcher son expulsion. Sans succès. L’administration
demandait des preuves de la présence en France des enfants. Comment faire quand
ils ne sont pas scolarisés, pas même vaccinés ? « Quand elle a été
interpellée, ses enfants étaient chez son frère, raconte Malika Chemmah du
RESF. Il y avait une méfiance de la communauté rom, comment leur faire
comprendre qu’il faut des justificatifs ? Ce qui est évident pour nous ne
l’est pas forcément pour tous. » Voyant que sa sœur va être expulsée, le
frère renvoie, de lui-même, les deux enfants vers la Roumanie.
Expulsée à Bucarest, Madalina-Maria récupère ses enfants, reste une semaine chez ses parents avant de reprendre la route : trois jours de voiture vers Paris pour 100 euros raconte t-elle. « Son histoire est celle de tous les Roms, s’insurge Malika Chemmah. C’était à prévoir qu’elle revienne et c’est là toute l’absurdité... » Citoyens européens de seconde zone, les Roms ont un statut à part qui les prive de la libre circulation européenne. Après trois mois de présence en France, ils doivent justifier d’un travail, sans peine d’être renvoyés vers la Roumanie ou la Bulgarie à tout moment. Les expulsés gonflent les chiffres de reconduites à la frontière du ministère de l’Immigration avant de revenir quelques jours plus tard. Le mythe de Sisyphe version Union européenne...
Depuis son retour en France, Madalina-Maria a décidé de sortir de la spirale infernale. Fini les camps, les baraques, la mendicité et la police. « Elle veut entrer dans une phase de réinsertion, explique Malika Chemmah. Dès son retour, elle m’a appelé pour savoir comment elle pouvait scolariser ses enfants. Comme elle logée par le 115, elle est trimballée dans différents hôtels, ça risque d’être compliqué. Et elle ne pourra pas tenir longtemps comme ça... » En attendant, Madalina-Maria reste cloitrée dans sa chambre d'hôtel, terrorisée, dit-elle, à l'idée que la police puisse de nouveau l'expulser.
Article publié dans l'Humanité du 28 juillet
2010
Photos : Pierre Pytkowicz


Commentaires
Situations inextricables. Ils (elles) sont des centaines, des milliers comme Maria-Madalina. Pendant combien de temps cette dernière sera-t-elle logée par le 115 ?
Il nous faut trouver le courage politique de prendre ces questions à bras le corps. La politique de l'autruche ou de la "patate chaude" n'est pas digne de notre pays.
bravo pour ce que vous faites et la dignité que vous redonnez à la france.Le gouvernement actuel bafoue les valeurs de générosité de la république inscrite en son fronton.
Bonjour,
J'ai été très touché par votre article. Actuellement je rencontre tous les matins une jeune femme roumaine (elle ne ressemble pas aux femmes roms) et son bébé de 18 mois dans le métro. Ca m'attriste de voir que cette jeune femme et son enfant soient ainsi à mendier sur les escaliers du métro. Je leur donne régulier de quoi manger un peu, des fois des jouets ou des crayons de couleurs pour le petit. J'ai alerté une association "Hors la rue" qui vient en aide aux enfants roumains dans les rues de Paris. Mais ils n'ont pas donné suite. Et je ne sais pas pour quelle raison.
Cette jeune femme a 19 ans et a des papiers roumains. Elle loge actuellement à la maison de la solidarité. Mais pour combien de temps. Son petit bien évidemment n'est pas scolarisé.
Je soushaiterais pouvoir les aider plus. Mais comment? Pouvez vous m'aider, les aider à sortir de la mendicité?J'ai peur tous les jours pour eux. C'est abominable de laisser un bb dans cette situation. Et quel avenir quand on commence par mendier si jeune?
Si vous connaissez une association qui prend en charge de jeune femme seule avec enfant, je ferai le lien pour que Marie et Roberto quittent définitivement le métro pour vivre à l'air libre.
Merci
Lili