Paris expulse les Roms sous les hués
Par Marie Barbier le jeudi 19 août 2010, 14:57 - Roms migrants - Lien permanent
Circulez, y’a rien à voir. Alors que le gouvernement communique à tout va sur les évacuations de campements, c’est en toute discrétion hier, que quatre-vingt treize Roms ont été rapatriés vers la Roumanie à bord de deux vols réguliers depuis les aéroports de Lyon Saint-Exupéry et Roissy Charles de Gaulle. Un autre vol devrait décoller aujourd’hui avec « une centaine de personnes » à bord et le dernier prévu - pour le moment - devrait partir le 26 août.
Une discrétion inhabituelle qui pourrait s’expliquer par le flot de critiques tombant de toutes parts depuis l’annonce de ces rapatriements.
Pour Malik Salemkour, du collectif Romeurope, ces retours forcés ont déjà prouvé leur inefficacité :
Hier, la gauche a dénoncé ces expulsions «à caractère raciste» selon Faouzi
Lamdaoui (PS) et servant de «symbole ignoble» pour Daniel Cohn-Bendit (Europe
Ecologie).
A l’étranger aussi, les critiques se multiplient. Fin juillet, l’ONU pointait du doigt « un regain significatif de racisme en France ». Le 5 août, le prestigieux New York Times, dans son éditorial intitulé « Xénophobie : la chasse aux non-Français », accusait le gouvernement français de mener une politique xénophobe à des fins électoralistes. Enfin mercredi, la Commission européenne a mis en garde la France, la sommant de « respecter les règles » concernant la libre circulation dans l’espace européen.
La Roumanie hausse le ton
Pour la première fois depuis le durcissement de la politique sécuritaire de la France, le ministre roumain des Affaires étrangères Teodor Baconschi a haussé le ton se déclarant inquiet des «risques de dérapage populiste» et de «réactions xénophobes sur fond de crise économique». En Bulgarie, le journal d’opposition Sega, a violemment dénoncé la politique française de «déportation» des Roms : «Tous est prêt pour la déportation officielle la plus massive d’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale».
Pendant ce temps, les évacuations de campements continuent. Hier matin, un terrain vague occupé par une centaine de Roms à Saint Martin d’Hères (Isère) a été évacué par quelque 150 CRS et gendarmes mobiles. Dans le Nord, trente cinq Roms ont été expulsés d’un terrain à Lezennes, près de Lille. Les vingt-trois adultes ont été placés en garde à vue.
Article publié dans l'Humanité du 20 août