Pas de Paris-Plage pour les Afghans
Par Marie Barbier le mercredi 21 juillet 2010, 08:30 - Les Afghans du Canal - Lien permanent
Opération place nette : hier matin, à quelques mètres de Paris-plage qui devait ouvrir ses portes le long du Bassin de la Villette, les campements de migrants, installés depuis plusieurs mois sous les ponts du Canal Saint-Martin, ont été évacués par les forces de l’ordre.
A l’origine de cette évacuation, préfecture, mairie de Paris et ministère
de l’Immigration évoquent, à l’unisson, des «conditions sanitaires indignes et
dangereuses» et une décision de justice, celle du tribunal administratif de
Paris qui, dans une ordonnance du 17 juin dernier, avait «enjoint à toutes ces
personnes, occupant les berges sans droit ni titre, de quitter les lieux sans
délai». Pour le tribunal, cette évacuation présentait un caractère d’urgence
vus les «risques graves et immédiats tant en matière de salubrité que de
sécurité publique ».
Pas d'interpellations et des places d'hébergement
C’est donc plus d’un mois après cette décision urgente que des CRS, aidés
par des fonctionnaires de la brigade d’aide et d’assistance aux sans abri
(BAPSA), ont procédé, hier matin à l’aube, à l’évacuation des campements situés
sous les ponts Lafayette et Louis Blanc. Les migrants présents (environ 200
d’après le ministère, Afghans dans leur grande majorité) ont été répartis dans
plusieurs lieux d’hébergement par les équipes de France terre d’asile (FTA).
Dans l’après-midi, l’association annonçait avoir orienté 140 personnes, dont
une centaine de demandeurs d’asile, «vers des structures adaptées à Forbach,
Strasbourg, Woippy, Vitry-sur-Orne et Créteil». «Il y avait deux conditions à
notre participation à cette opération, précise Pierre Henry, directeur de FTA.
Pas d’interpellations et des places d’hébergement libérées par l’État. Mais
cette action sera sans lendemain si, parallèlement, une vraie concertation n’a
pas lieu.» Et de lancer, à l’adresse du ministre de l’Immigration : «la
présence majoritaire de demandeurs d’asile relativise les discours sur les
filières clandestines». Dans un communiqué publié quelques heures plus tôt,
Eric Besson avait en effet développé son habituel homélie : « Nous ne pouvons
accepter que se constituent de véritables zones de non droit, où les filières
d’immigration clandestine (...) accomplissent leur triste commerce. Il n’y aura
pas de nouveau Sangatte, ni à Calais, ni à Paris».
Une fois évacués, les campements ont été détruits. Dans la matinée, une
dizaine d’agents du service nettoyage de la mairie de Paris, combinaisons
blanches intégrales et masques sur le nez, s’affairaient à jeter dans des
bennes, couvertures, tentes et matelas. Et plus même, selon Jean-Michel Centres
du Collectif pour les exilés du Xe «Ils jettent tout, y compris les affaires
personnelles avec des papiers importants pour une demande d’asile». Pour le
militant, la méthode utilisée est «inacceptable» : «la fin ne justifie pas les
moyens ! Donner des places d’hébergement c’est bien, mais pas comme ça. Au lieu
de leur dire qu’il y a des places pour eux, on fait une opération de police.
Humainement, ça me choque. On ne peut pas les traiter comme des gens normaux?
Dans trois mois, on sera dans la même situation, ça ne résout pas le
problème».
Les demandeurs d’asile devraient bénéficier de ces places d’hébergement le
temps de la procédure. Quant aux autres, ils pourraient revenir rapidement sur
les berges du canal, n’en déplaise aux organisateurs de Paris-Plages...
Article paru dans l'Humanité du 21 juillet 2010