Passage de relais en rétention
Par Marie Barbier le mardi 5 janvier 2010, 08:00 - Rétention et zones d'attente - Lien permanent
Mercredi 30 décembre, centre de rétention de Vincennes. Un retenu tente de mettre fin à ses jours en avalant des vis. Il est sauvé in extremis par un intervenant de la Cimade. Jeudi 31 décembre, un Marocain de 15 ans –déclaré majeur sur test osseux – essaye de se suicider en se pendant avec son écharpe. Il est détaché par ses co-retenus. Chaque jour, la détresse de l’enfermement amène son lot d’horreurs dans les centres de rétention, antichambres de l’expulsion. Un quotidien auquel auront à faire face les cinq associations habilitées, depuis le 1er janvier, à intervenir auprès des étrangers retenus.
Il aura fallu deux ans et deux ministres de l’Immigration pour venir à bout de cette réforme. En août 2008, Brice Hortefeux signe le décret ouvrant à la concurrence l’aide juridique en rétention. S’engage une longue bataille judiciaire, dans laquelle le gouvernement subira plusieurs revers. Le deuxième appel d’offres - après l’annulation du premier par le tribunal administratif - répartit le marché entre six associations : la Cimade, qui ne conserve que trois lots sur huit, France Terre d’asile, l’association Service social familial migrants (Assfam), Forum réfugiés, l’Ordre de malte et le l’obscur Collectif respect, dont le contrat pour l’Outre-Mer sera finalement annulé par le conseil d’état en novembre dernier. En attendant un nouvel appel d’offres pour les Dom, la mission de la Cimade y a été prolongée d’un mois.
En métropole, l’association oecuménique a cédé sa place dans treize centres. Ne conservant que onze CRA, l’association est contrainte de lancer un plan de sauvegarde de l’emploi. « Cela va provoquer des suppressions de postes, concède Laurent Giovannoni, secrétaire général de l’association. Sur soixante-dix salariés en rétention, la moitié des effectifs va disparaître ». Forum réfugiés a déjà réembauché quatre salariés qui travaillaient pour la Cimade. Si les mêmes personnes officient en rétention, quels changements apportera cette réforme ? « Le principe même d’éclatement de la mission en huit lots va affaiblir la vision d’ensemble et donc la capacité d’aide aux étrangers », répond Laurent Giovannoni.
Tout juste entrées dans les centres, les quatre nouvelles associations ne sont pas très prolixes. « C’est nouveau pour nous, reconnaît Christian Laruelle, de l’Assfam, mais nous sommes au travail pour aider les retenus à exercer leurs droits. » Afin d’assurer une cohérence nationale, un comité de pilotage a été créé qui doit aboutir à la rédaction d’un rapport annuel commun. Une question d’importance puisque ces associations sont les seuls témoins présents en rétention, les journalistes y étant interdits. « Nous entrons dans les centres avec deux objectifs claires, explique Pierre Henry, directeur de France terre d’asile. Convaincre l’opinion publique de ne pas s’habituer à l’enfermement des étrangers et trouver une alternative raisonnable à la rétention. » Et de conclure : « Nous n’étions pas demandeurs, mais à partir du moment où le ministère a lancé son appel d’offre, on s’est dit qu’il valait mieux que ce soit nous que d’autres ».
Article paru dans l'Humanité du 5 janvier