Gardes à vue

La victoire était pourtant proche pour les grévistes qui avaient signé, le 11 janvier dernier, un protocole d’accord. Le lendemain, à la surprise générale, deux dirigeants étaient placés en garde à vue, puis rapidement relâchés, le parquet de Créteil choisissant d’ouvrir une simple enquête préliminaire et non une information judiciaire. Le Canard enchaîné avait alors accusé le procureur de vouloir « enterrer » l’affaire pour « éviter que la découverte d’une armée de travailleurs sans papiers ne tourne à l’affaire d’État ».

Si chacun ici se félicite de la mise en garde à vue des patrons, on souligne aussi qu’elle n’est pas arrivée au meilleur moment, alors qu’un protocole d’accord venait d’être signé. Désormais, il semble que tout soit à reprendre de zéro...

Conditions de travail intolérables

Dernier revirement des dirigeants de Seni : ils ont annoncé hier qu’ils ne rempliraient que 160 promesses d’embauche (cerfa). Or selon la CGT, au moins 287 des 2300 salariés de l’entreprise seraient sans-papiers. « On refuse de s’arrêter à une liste » s’emporte Caroline Aubry qui prévoit d’ores et déjà un dépôt collectif de dossiers en préfecture, avec ou sans Cerfa. «On ira avec les fiches de paie et les feuilles d’impôts» lance la syndicaliste. Ce n’est pas ça qui manque. La majorité des grévistes travaillent depuis des années pour Seni, «dans des conditions intolérables» précise Ibrahima Traoré, conseiller municipal et président du comité de soutien.

Kaba Tandia opine du chef. Ce malien est arrivé en France en 1979 ! Depuis qu’il a perdu ses papiers en 1992, il vit illégalement sur le territoire français. Embauché en 2004 par Seni, il nettoie les HLM, 50 heures par semaine pour un salaire variant entre 800 et 1200 euros par mois.

Article paru dans l'Humanité du 4 février 2010