Petit lexique à l'usage du président
Par Marie Barbier le jeudi 22 juillet 2010, 18:01 - Roms migrants - Lien permanent
Approximations, amalgames, stigmatisations… Depuis hier, le gouvernement multiplie les déclarations inexactes sur un sujet qu’il ne maîtrise visiblement pas... Nicolas Sarkozy promet ainsi une réunion le 28 juillet à l’Elysée sur « les gens du voyage et les Roms », associant deux communautés qui n’ont ni la même histoire ni le même statut juridique. Le palmarès revient au porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, qui déclarait hier à la sortie du conseil des ministres : « On a beau être Rom, gens du voyage, parfois même Français au sein de cette communauté, on doit respecter les lois de la République ». Une séance de révision s’impose !
Roms
Le terme désigne les populations qui ont émigré du Rajasthan, dans le Nord de l’Inde, vers l’an 1000 après Jésus-Christ. Estimés à sept millions, ils constituent aujourd’hui la plus grande minorité d’Europe. La plupart vivent en Roumanie et en Bulgarie, presque tous sous le seuil de pauvreté. Des conditions de vie qui les poussent à émigrer vers la France ou l’Italie. Citoyens européens, ils sont pourtant soumis à un régime spécial qui les prive de liberté de circulation : après trois mois en France, ils doivent justifier d’un emploi dans une liste de 150 métiers, sous peine d’être expulsés du territoire. Les Roms constituent donc le gros du bataillon des reconduites à la frontières : près du quart en 2008.
Gens du voyage
Cette catégorie administrative, créée en 1969, désigne des citoyens français qui résident habituellement en abri mobile terrestre. Entre 400 000 et 500 000 en France, ils recoupent des groupes divers (Manouches, Gitans, Yéniches…) soumis à un régime d’exception : sous peine d’un an de prison, ils ne doivent jamais se séparer de leur livret de circulation, qui doit être visé, tous les trois mois par un commissaire de police ou commandant de gendarmerie. Pour bénéficier du droit de vote, ils doivent faire valoir un rattachement de trois ans ininterrompus dans une commune. Environ un tiers des gens du voyage sont restés itinérants.
Campements
Le chef de l’État promet l’expulsion «de tous les campements en situation irrégulière». De quoi parle t-il ? S’il s’agit des Roms, beaucoup vivent, bien malgré eux, dans des bidonvilles aux conditions sanitaires effroyables aux portes de Paris. Toutes les associations s’accordent à dire que la destruction de ces campements fragilise encore plus ces populations. Quant aux gens du voyage, la loi Besson (5 juillet 2000) impose aux communes de plus de 5000 habitants la mise en place d’une aire permanente d’accueil. Mais à peine 50% des 38 000 places à créer ont été réalisées.
Article paru dans l'Humanité du 23 juillet 2010