D'Emmaüs à la Licra

« Ce qui nous rassemble ici, c’est l’attachement commun à la démocratie. Aucune aventure politique ou personnelle ne peut justifier qu’on remette en cause ses principes fondamentaux» a t-il poursuivi avant de souligner la diversité et le nombre des signataires : syndicats (CGT, FSU, CFDT...) pourtant également mobilisés sur le front des retraites ; associations (de la Licra à l’Observatoire international des prisons, en passant par Emmaüs) et la plupart des partis de gauche (Parti socialiste, communiste, de gauche, Europe Écologie, Verts). «Il faut un sursaut citoyen, que les citoyens se rendent compte qu’on a abîmé l’image de la France» a estimé la secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot. Francis Parny, vice-président PCF de la région Ile-de-France s’inquiète aussi d’une politique «construit autour de l’identité nationale, sur la base de l’exclusion de l’autre».Demain, la mobilisation devrait franchir les frontières de l’hexagone. Le Réseau européen contre le racisme (ENAR) organise des rassemblements devant les ambassades ou consulats français dans plusieurs villes européennes comme Bruxelles, Rome, Barcelone, Londres ou encore en Roumanie.

Un front très large, qui en dit long sur la gravité de la situation. Pour les organisations, la borne est franchie le 28 juillet lorsque Nicolas Sarkozy convoque à l’Elysée une réunion sur le « problèmes posés par les Roms et les gens du voyage ». Deux jours plus tard, dans son discours de Grenoble, déjà tristement célèbre, le chef de l’État déclare une « guerre nationale » aux « voyous », mélangeant allégrement immigration et délinquance et promettant d’élargir les conditions pour la déchéance de nationalité. Depuis, les évacuations de campement roms et les expulsions vers la Roumanie se sont multipliées, malgré les critiques venues aussi bien de l’Onu, de Benoit XVI, de la commission européenne et même de la majorité. Ces derniers jours, trois membres du gouvernement, Bernard Kouchner, Hervé Morin et Fadela Amara ont émis des réserves sur la politique actuelle.

« Division du corps social »

Outre la chasse aux Roms, la proposition d’ajouter dans la loi Besson sur l’immigration, qui doit être discutée à l’Assemblée nationale le 27 septembre prochain, un amendement sur la déchéance de nationalité fait aussi bondir. « C’est la première fois depuis très longtemps que les mêmes faits commis par un Français de naissance ou un Français naturalisé n’auront pas les mêmes conséquences, dénonce Jean-Pierre Dubois. Cibler une catégorie de personnes comme étant des sous-Français, c’est vraiment aller très loin dans la division du corps social. »

«Nous ne nous lancerons pas dans les parallèles historiques, a conclu le président de la Ligue des droits de l’homme. Mais nous savons ce que ça coûte de désigner des métèques, quelque soient le nom qu’on leur donne, pour les livrer en pâture dans une période de crise sociale».

Article publié dans l'Humanité du 3 septembre, dans le cadre d'un dossier sur les mobilisations du 4 septembre