Solidaires des grévistes
Par Marie Barbier le mercredi 6 janvier 2010, 08:00 - Travailleurs en lutte - Lien permanent
Dans un silence assourdissant, plus de 6000 sans-papiers font grève et occupent, depuis bientôt trois mois, leur lieux de travail pour exiger une circulaire de régularisation. Lilian Thuram, Laurent Cantet, Antoine de Caunes ou encore Guy Bedos se rendront aujourd’hui sur l’un des piquets de grève parisien pour partager une galette des rois avec les grévistes et marquer ainsi leur soutien. Nous avons demandé à ces personnalités pourquoi elles soutiennent ce mouvement.
«Plus personne ne parle d’eux»
Josiane
Balasko, comédienne
« Symboliquement, on s’est dit que ce serait bien de partager la galette
des Rois avec ces travailleurs sans papiers. Ca fait des années qu’ils sont en
France, qu’ils travaillent ici et payent des impôts, leur situation est
hallucinante ! Plus personne ne parle d’eux. Les pétitions ne suffisent
plus, il faut attirer l’attention sur leur problème. La semaine dernière,
Sarkozy a dit « Redonnons un sens au mot fraternité », voilà ! C’est
important aussi de montrer que dans ce pays il y a des gens qui se mobilisent
et qui sont aussi porteurs d’opinions, comme Lilan Thuram. Ca peut aider à
mobiliser l’opinion. »
« Exploités par des patrons véreux »
Cali,
chanteur
« C’est essentiel et urgent de soutenir les sans papiers dans notre pays.
Il existe une espèce de censure dans les médias sur cet événement. Pour alerter
plus de monde, on s’est dit qu’on allait manger une galette des Rois avec les
sans-papiers, pour faire venir les médias. Je suis pour la régularisation de
tous les sans papiers en France. Leur demande est normale. 6000 sans papiers,
exploités par des patrons véreux, sont en grève depuis le 12 octobre. C’est
important que tout le monde soit conscient de la détresse de ces personnes et
de leur colère.
« Une atteinte aux droits fondamentaux »
Jean-Pierre
Thorn, réalisateur
« C’est un vrai scandale que ces travailleurs ne puissent pas être
régularisés. Ca fait des années que ça dure ! En 1973, j’avais réalisé un
documentaire sur des travailleurs sans papiers en grève qui avaient obtenu leur
régularisation. Vingt-cinq ans après, des milliers de travailleurs sont dans
cette situation et le pouvoir répond par le compte-goutte ! C’est une
atteinte aux droits fondamentaux. A cela s’ajoute un problème de fond :
cette situation créé une division au sein du monde du travail. Cela me parait
aller de soi d’être solidaire. Cette lutte est ignorée, très peu relayée par
les médias alors que le nombre de salariés est énorme ! Il est nécessaire
de ne pas les oublier. »
«Rien n’a changé depuis Saint-Bernard»
Valérie Lang,
comédienne
« Depuis Saint-Bernard (occupation de l’église en 1996, NDLR), rien n’a
changé, au contraire. Les lois, de plus en plus restrictives, créent encore
plus de sans-papiers, de clandestinité et de difficultés pour les gens qui
travaillent ici. Ce qui a changé et qui est remarquable, c’est que les sans
papiers se mobilisent politiquement, ils défendent les droits des travailleurs.
Il y a une grande hypocrisie: les garder dans la clandestinité permet aussi de
moins les payer. Il serait légitime de les régulariser, ce n’est pas eux qui
enlèvent le travail aux trois millions de chômeurs. Quand la loi est inique il
faut la remettre en question. L’important c’est aussi d’être physiquement
présent, de prendre du temps sur son temps de vie pour venir les
soutenir. »
«La liberté de circuler sans raser les murs»
Philippe
Lioret, réalisateur
« Après Welcome, j’ai pris en pleine figure la manière hautaine et sans
discernement avec laquelle ce gouvernement, et surtout cet espèce
d’inimaginable ministre de l’Identité nationale, agissent. Ce n’est pas sain
pour la démocratie, pour les libertés. Partout où je pourrais m’engager contre
ces deux-là, je le ferai. Ces sans papiers travaillent en France depuis des
années, leurs enfants sont scolarisés. Ils ne profitent pas du système, c’est
le système qui profite d’eux. C’est normal qu’ils aient des contreparties,
comme la liberté de circuler sans raser les murs comme des ombres. Ils sont
employés pour faire des boulots que peu de gens peuvent faire. Je suis très
inquiet de ce que la politique de ce gouvernement insuffle comme tensions
xénophobes. Ce populisme m’écoeure... »
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