Au début du mois, cinéastes, acteurs, politiques, scientifiques signaient l’appel « Nous les prenons sous notre protection » pour soutenir les grévistes de la rue du Regard menacés d’évacuation. « L’idée du film s’est imposée, raconte le cinéaste Laurent Cantet. En peu de temps, on a réactivé notre réseau. » Celui-ci compte des noms prestigieux du septième art : Isabelle Adjani, Jacques Audiard, Abderrahmane Sissako, Dominique Blanc, Romain Goupil, Cédric Klapisch ou encore Riad Sattouf. Les plus fidèles étaient déjà là en 1997 pour le film Nous, sans-papiers de France. D’autres les ont rejoints en 2007 pour ''Laissez-les grandir ici''. Cette fois-ci, ce ne sont pas moins de 350 cinéastes qui ont signé l’appel en quelques jours. « On voulait faire ce film le plus vite possible, précise le cinéaste Christophe Ruggia. Pour se caler sur les élections régionales et peser sur le débat public afin de sortir les travailleurs sans papiers de l’ombre dans laquelle ils sont depuis quatre mois. » Le court métrage, qui sortira le 10 mars dans plus de 500 salles en France, est déjà disponible sur Internet.

Axa, Etam, Naf-Naf, Camaïeu...

Face caméra, les grévistes racontent la réalité d’un système hypocrite : l’un a rénové l’Assemblée nationale ; un autre la tour Axa de la Défense ; celle-ci, couturière, travaille pour « Etam, Naf-Naf, Camaïeu… » Pas un secteur de l’économie française qui ne sorte indemne de cette litanie des entreprises embauchant des travailleurs sans papiers. Et en connaissance de cause, précisent les grévistes. Car cette situation permet ensuite aux employeurs de les exploiter sans merci. « Quand tu dis «Hé patron ! ça c’est de l’amiante», il te répond : « Si tu travailles pas, vas te faire foutre ». » Payés une misère, les travailleurs sans papiers ne sont pourtant pas inconnus du ministère des Finances qui encaisse cotisations multiples et impôts…

En trois minutes, les cinéastes ont réussi à retranscrire la tristesse, la colère et la détermination de ces hommes et de ces femmes qui se battent beaucoup plus que pour une carte de séjour. Et le cinéaste Michel Andrieu de préciser : dans le contexte « violent du débat sur l’identité nationale », ce film se veut un « contre-feu indispensable ».

Un sage chez les sans-papiers

Devant l'assemblée nationale ©Rondeau.Lanvin Parmi les travailleurs sans papiers filmé par le collectif des cinéastes figure Monsieur Doucouré (à droite). Le parcours de ce malien de 61 ans, arrivé en France quand De Gaulle était président, toujours sans papiers sous Sarkozy, illustre malgré lui l'absurdité de la politique de fermeture des frontières. Relire son portrait ici Un sage chez les sans papiers ou le réécouter là :