Une aide humanitaire réduite à néant par les évacuations brutales des campements depuis quelques jours. Pour le prêtre, l’apogée est atteinte vendredi matin, quand les forces de l’ordre évacuent une famille logée dans trois caravanes payées par l’association. «Je ne savais plus quoi faire, soupire Père Arthur. J’ai voulu aller planter une croix place de la République pour montrer que ces gens sont crucifiés, on m’a dit que ce serait mal perçu». En désespoir de cause et pour créer un «électrochoc», le prêtre a donc décidé de rendre sa médaille de l’ordre du mérite. Pas pour faire parler de lui, précise t-il mais pour dire que «d’autres solutions existent».

La lettre du père Arthur à Brice Hortefeux :

Monsieur le ministre,

Le 31 janvier 2008, j’ai eu la surprise de recevoir une lettre signée par vous qui étiez à l’époque ministre de l’Immigration. Je vivais à l’époque dans une communauté Emmaüs dans l’Oise et j’essayais de suivre l’exemple de l’Abbé Pierre. J’ai réfléchis très longuement pour savoir si je pouvais accepter ce grade de chevalier de l’ordre du mérite. J’avais si peu de choses à mon actif, quand je pense à l’engagement de l’abbé Pierre, mon maitre en humanité. J’ai donc accepté de recevoir cette médaille des mains du préfet de Versailles monsieur Christian de Lavernée. Au dernier moment je me suis aperçu que j’avais oublié d’acheter la médaille. Un ami qui me connaissait bien avait pensé à ce détail.

Depuis deux ans maintenant je vis à Lille, en attendant que dieu me rappelle à lui pour son jugement. Or j’ai trouvé à Lille une situation déplorable pour les Roms et leurs enfants. J’ai essayé, comme dit l’abbé Pierre de les aimer, de les aider. Et depuis trois mois c’est une guerre que cette communauté subie. Que faire ? J’ai acheté des tentes pour abriter les enfants, j’ai participé à la distribution de la nourriture et des vêtements pour qu’ils ne meurent pas de faim et de froid. Mais aujourd’hui, monsieur le ministre, je déclare forfait, je n’ai plus la force, si ce n’est de pleurer.

J’en ai parlé à l’archevêque et à son auxiliaire, ils sont venus voir et visiter trois campements. Si vous aviez vu l’accueil triomphal qu’ils ont reçus. Mais le lendemain, les renseignements généraux sont venus me voir pour essayer de savoir mes intentions. J’ai essayé de les attendrir mais c’est l’inverse qui c’est produit. Les campements ont été rasés les uns après les autres. Vendredi matin, à Villeneuve d’Asq, douze familles se sont trouvées sans abri, sans vêtements, sans nourriture, leurs caravanes ont été écrasées. Samedi matin, trois autres familles ont été sorties des trois caravanes qui appartenaient à l’association La pierre blanche. J’ai tout de suite été prévenu, mais que faire ? Acheter d’autres tentes ? Il me rester encore un peu d’argent je l’ai fait, mais aujourd’hui comment arrêter cette violence injuste ? Il ne me restait plus qu’une dernière balle : la décoration de chevalier de l’ordre national du mérite. Je viens d’écrire au chancelier de l’ordre national du mérite pour être radié, mais je tiens à vous prévenir que c’est vous qui pouvait réveiller en vous un peu d’humanité.

Recevez, Monsieur le ministre, l’assurance de ma tristesse.

Père Arthur, simple prêtre de Jésus