«Ici, tu travailles comme un esclave jusqu’à la retraite». Enfermé depuis quinze jours au centre de rétention de Vincennes, Ibrahima Dramé n’a rien perdu de sa fougue de travailleur en lutte. Mi-octobre, lors du lancement du mouvement des travailleurs sans papiers, nous avions rencontré ce Malien de 31 ans sur le piquet de grève de la Fédération Nationale des Travaux Publics, dans le 8e arrondissement. Après une semaine d’occupation, Ibrahima est arrêté à Belleville lors d’un contrôle d’identité. «Je suis enfermé comme un prisonnier» soupire t-il. Ibrahima connaît les lieux : à l’été 2008, il était retenu au CRA de Vincennes lors de son incendie. Il est témoin assisté dans l’enquête actuellement en cours.

En France depuis cinq ans, Ibrahima était embauché dans une entreprise de désamiantage. Le 22 octobre, lorsqu’il est présenté devant le tribunal administratif, il porte le t-shirt : «Ils bossent ici, ils vivent ici, ils restent ici!». Ce qui n’empêche pas le juge de confirmer l’arrêté de reconduite à la frontière et de le programmer sur un vol vers Bamako, le 4 novembre à 16h40. Dernier espoir pour Ibrahima : que le consulat du Mali ne délivre pas de laissez-passer, indispensable à son expulsion. Depuis le début du mouvement, cinq grévistes ont été arrêtés et placés en rétention. L’un d’eux a été libéré, un autre, syndiqué à la CGT depuis 2007, était programmé pour une expulsion hier au soir.