L'accueil des jeunes migrants saturé
Par Marie Barbier le jeudi 19 novembre 2009, 08:00 - Enfants et jeunes majeurs - Lien permanent
REPORTAGE. Au bout d’un couloir aux murs délabrés, le directeur du centre ouvre une porte en soupirant : dans cet ancien bureau il a réussi à tasser six matelas. «Normalement, je n’ai pas le droit d’accueillir plus de dix-neuf mineurs, précise Dominique Habiyaremye. Mais quand se présente un gamin de treize ans à la rue, vous choisissez vite entre humanité et légalité.»
Comme les autres structures d’accueil de mineurs isolés étrangers, le centre du Kremlin-Bicêtre, géré par Enfants du monde-Droits de l’homme (EMDH) sous contrat avec l’État, manque cruellement de moyens. Pour la capitale ce dispositif, dit Versini, compte 120 places. Un chiffre nettement insuffisant face à l’afflux croissant de jeunes migrants. Plusieurs dorment chaque soir à la rue, faute de place. Pour répondre à l’inquiétude des associations, le ministère a créé un groupe de travail et présentait hier ses premières mesures.
Reflets des conflits et de la misère du monde, le centre du Kremlin-Bicêtre accueille aussi bien des Afghans qui ont fui la guerre que des Éthiopiennes livrées aux réseaux de prostitution. Tous ont parcouru des milliers de kilomètres, seuls, pour rejoindre l’Europe. EMDH est chargé de les mettre à l’abri, théoriquement pour une durée de quinze jours, avant leur prise en charge par l’aide sociale à l’enfance. Voilà pour la théorie. Dans la pratique, les services de l’état, totalement saturés, bloquent à tous les étages. «Certains sont là depuis quatre ou cinq mois, témoigne Dominique Habiyaremye. Cette période d’attente est très dure à gérer pour eux. Ils n’ont qu’une envie : aller à l’école et se poser enfin quelque part».
Le parcours chaotique de ces mineurs demande une prise en charge qui dépasse largement la simple mise à l’abri : aide psychologique, conseils pour les démarches administratives, cours de français... Autant de soins que la Ddass ne prend pas en charge. Si les mineurs ont droit à deux heures de cours de français par jour, c’est grâce au financement de mécènes privés.
Le repérage de ces jeunes n’est pas non plus pris en charge et ce sont donc des bénévoles qui se chargent de ce travail au long terme, indispensable. Christiane Gomis, éducatrice, estime à six mois le temps nécessaire pour «extraire» une fille de la prostitution et la convaincre de rejoindre au centre. Autre contradiction du système, qui hérisse le directeur de la structure, à leurs 18 ans, ces jeunes peuvent se retrouver sans-papiers : «Tous les mois, on dépense 4000 euros pour eux et ensuite on les jette dans la clandestinité et la prostitution. Quel gâchis !»
Article paru dans l'Humanité le 19 novembre