D’abord ses amis et voisins du foyer de jeunes travailleurs Championnet à Paris qui ont signé une pétition pour réclamer sa libération et sa régularisation. « Il est fragile, témoigne Rafika. Il n’a personne en Algérie alors qu’ici, il est très bien intégré. » Mais aussi Alain Cocq, vice-président de l’Association des démocrates handicapés, découvrant sa situation dans l’Humanité du 20 décembre (lire ici), qui a beaucoup oeuvré pour sa libération. « Son enfermement viole de nombreux articles de la convention relative aux droits des personnes handicapées de l’ONU ratifiée par la France », s’emporte ce lecteur, qui a menacé les services de la préfecture de les traîner devant la Cour de justice européenne.

« Faut-il que j'avale des lames de rasoir pour ne pas être expulsé ? »

Un peu plus tôt dans la journée, Chouaïb, toujours enfermé, nous confiait sa détresse par téléphone. « Ce matin, un homme a avalé dix-sept lames de rasoir pour ne pas partir. Je dois faire la même chose ? Mais moi je peux pas… » Souffrant de troubles du comportement d’allure autistique, ce jeune algérien pris en charge par l’aide sociale à l’enfance est sous le coup d’un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. Il a échappé à deux tentatives d’expulsion. Pour la première, Chouaïb raconte que les policiers l’ont extirpé de son lit à l’aube, le menottant et lui scotchant les pieds. Il a refusé d’embarquer. La dernière tentative, mardi, s’est transformée en test psychiatrique. Transféré à l’Hôtel-Dieu où il a passé la nuit, il est ensuite envoyé à Sainte-Anne. « Ils m’ont relâché mercredi à 23 heures en me disant “t’es pas fou, tu retournes au centre”. »

Chouaïb a quitté l’Algérie quand il avait 16 ans pour rejoindre la France après quatre jours de bateau. Au pays, il dit avoir fui les islamistes qui vous « coupe les jambes si vous ne travaillez pas pour eux ». Au foyer des jeunes travailleurs Championnet, où il est hébergé depuis 2009, on le décrit à son arrivée comme « replié sur lui-même, incapable de dire un mot et de regarder dans les yeux ». Au contact des éducateurs, Chouaïb s’ouvre doucement, obtient un CAP alors qu’il ne parlait pas un mot de français à son arrivée et devient la « mascotte » du foyer.

D’après son avocate, Karima Ouelhadj, le préfet aurait promis la libération du jeune homme en échange d’un certificat d’embauche. « Une façon de ne pas se déjuger, précise l’avocate, on n’a jamais vu une personne sortir de rétention grâce à une promesse d’embauche ». Contactée, la préfecture n’a pas souhaité répondre à nos questions. Une perspective de régularisation serait envisagée au titre de l'article L 313-15 du Code des étrangers qui stipule qu'un mineur pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance doit obtenir un titre de séjour mention "salarié" à sa majorité.

Article paru en partie dans l'Humanité du 23 décembre 2011