Des réfugiés géorgiens expulsés par charter
Par Marie Barbier le vendredi 6 novembre 2009, 08:00 - Expulsions - Lien permanent
Des enfants et des malades... La liste des quatorze Géorgiens expulsés mardi matin par avion spécial fait froid dans le dos : six mineurs, âgés de un à douze ans, scolarisés en France, une femme enceinte, deux personnes atteintes de pathologies graves et une affectée de troubles psychiatriques.
Interpellées lundi matin dans un hôtel de Marsannay-la-Côte, près de Dijon, ces familles de la minorité Yizid, sont transférées le soir même au centre de rétention de Nîmes (Gard). Mardi, vers onze heures, un charter décolle de l’aéroport de Garons. Direction, la Pologne, en vertu des accords de Dublin II qui renvoient les demandeurs d’asile dans le premier pays d’Europe traversé. Il aura fallu un peu plus de 24 heures pour les expulser du territoire français... «Cette procédure n’est pas illégale, mais elle est très contestable, regrette un intervenant de la Cimade. Quand on n’a pas honte de sa politique, on ne la fait pas en catimini, la nuit, sans même passer devant un juge.».
D’autant que ce militant associatif fait état d’une expulsion particulièrement violente. « A 4h30, quand les policiers viennent les réveiller pour les mettre dans l’avion, les Géorgiens ont refusé de les suivre. Pour les contraindre à sortir du centre, les policiers ont séparé les enfants des parents. Le bébé d’un an a été arraché des bras de sa mère. Les enfants criaient, ils étaient terrorisés».
Une scène tellement insoutenable que des agents auraient refusé de suivre les consignes, contraignant le centre de rétention à appeler des renforts. La direction départementale de la police aux frontières dément cette version : «Dans la police, on ne refuse pas les ordres, on n’a pas ce genre d’états d’âme». La preuve ? Si cela avait été le cas, des poursuites administratives auraient été lancées.
Dans un communiqué, le réseau éducation sans frontière qui dénonce cette expulsion, s’interroge : «Jusqu’à quand les syndicats de policiers vont-ils laisser les fonctionnaires écoeurés des gestes qu’on leur impose, isolés face à leur hiérarchie?».
Article paru dans l'Humanité du 6 novembre 2009