«Nous ne pouvions pas rester sans rien faire»
Par Marie Barbier le dimanche 5 septembre 2010, 17:29 - Solidarité - Lien permanent
Dans
147 villes partout en France, quelque 150 000 personnes sont descendues dans la
rue samedi pour protester contre la «politique xénophobe» menée par le
gouvernement français. Un sursaut citoyen qui fait suite à l’expulsion de plus
d’un millier de Roms vers la Roumanie et la Bulgarie en moins d’un mois et aux
promesses de Nicolas Sarkozy d’élargir les conditions de déchéance de la
nationalité. « On en a supporté beaucoup depuis 2002, mais là le gouvernement a
passé une barre, c’est devenu intolérable», analyse Jean-Pierre Dubois de la
Ligue des droits de l’homme qui appelait à manifester aux côtés d’une
cinquantaine d’associations, syndicats et partis politique. Les chiffres de la
participation ont été revus à la hausse hier, passant de 100 000 manifestants à
plus de 150 000. Le double des estimations officielles qui étaient hier de 77
300. «C’est, sans aucun doute, une déception pour leurs organisateurs » s’est
gaussé le ministre de l’intérieur. «Brice Hortefeux est assez mal placé pour
évaluer l’efficacité d’une action anti-raciste, s’amuse Jean-Pierre Dubois,
étant donné que c’est le seul ministre jamais condamné pour racisme et encore
en fonction...» Le président de la LDH se félicite au contraire du «succès»
d’une mobilisation «lancée le 2 août pour le 4 septembre» : «beaucoup de gens
sont venus dans une démarche individuelle, non affilié à une organisation ou un
partis, mais en famille pour dire «ca suffit comme ça».
A Paris...
« Laissez passer les p’tits papiers, à l’occasion, papier chiffon... » La mobilisation est lancée, en chanson, à Paris. Quelques minutes avant 11 heures, le bus à impérial, dans lequel se sont installé des artistes participant au concert «Rock sans-papiers» le 18 septembre à Paris, s’arrête rue de Grenelle. Jane Birkin, Jeanne Cherhal, Agnès Jaoui et Régine entonnent Les p’tits papiers de Serge Gainsbourg sous les fenêtres du ministère de l’Immigration, durant quelques minutes avant de rejoindre quelque 200 manifestant, au métro Varenne.
Reportage photo de Frédéric Poussin :
Et le son, où l'on se rend compte que Régine monopolise un peu le micro...
«L’été 2010 a apporté son lot de déclarations et d’actes xénophobes, nous ne
pouvions pas rester sans rien faire, a déclaré Armelle Gardien du Réseau
éducation sans frontières (RESF). Les artistes mettent des mots et de la
musique sur notre révolte». L’éternel résistant Stéphane Hessel a demandé « une
autre politique » : « Il n’est pas impossible de pratiquer en Europe une
politique ouverte au monde de demain où il aura de plus en plus de peuple à
accueillir, il y a de la place chez nous ! ». Une délégation a ensuite été
reçue au ministère de l’Immigration. Dan Franck, Régine, Jane Birkin, Stéphane
Hessel et Richard Moyon (RESF) ont fait part au directeur de cabinet d’Eric
Besson de leur indignation d’une telle politique, avant de rejoindre le cortège
parisien, ouvert symboliquement, vers 14 h 30 par les familles roms de
Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), dont le campement a été rasé le 12 août
dernier.




