Le rapport sur les centres et locaux de rétention administrative, première pierre de ce travail commun, dénonce des conditions de rétention « à la limite du droit ». En 2010, plus de 60 000 étrangers en instance d’expulsion sont passées par un CRA en métropole et en Outre-mer. Un recours à la rétention « systématique », dénoncent les associations. En métropole, 42 % des 27 000 retenus ont été expulsés. « Cela signifie, résume Pierre Henry, que 58 % ont fait l’expérience de la rétention alors qu’elles n’auraient pas dû le faire. » Autre chiffre de ce rapport, l’augmentation du nombre d’enfants enfermés : 356 (dont 210 de moins de 10 ans), record de 2009 battu (318) !

Enfin, pour les associations, les conditions de rétention s’apparent de plus en plus à celle du milieu carcéral : promiscuité, déplacements restreints, mise à l’isolement, menottage, forte présence policière, etc. « Cet environnement carcéral a été ‘conscientisé’ par le gouvernement, assure Céline Guyot, de l’Assfam. Dans les nouveaux CRA, comme Vincennes et le Mesnil-Amelot, ont été mis en place chemins de ronde, barbelés, sas de sécurité et vidéosurveillance. »

Comme en prison, cet environnement est anxiogène pour les retenus : automutilations, tentatives de suicide ou d’évasion, troubles psychiatriques se multiplient. A cela s’ajoute un accès aux droits (avocats, médecin, interprète) restreint, particulièrement en Outre-mer, « régime dérogatoire » où les retenus n’ont pas droit à un recours suspensif. Une zone où la politique du chiffre bat son plein. En 2010, 26 000 hommes, femmes et enfants ont été enfermés dans le centre de rétention de Mayotte (à même le sol, sans aucun lit), soit autant que dans toute la métropole.

Article publié dans l'Humanité du 14 décembre 2011