Vous dénoncez une crise de l’accueil des demandeurs d’asile, que se passe t-il ? 
Gérard Sadik. On est dans une crise grave. La France compte 48 000 demandeurs d’asile pour 20 400 places en centres d’accueil des demandeurs d’asile (CADA). Le dispositif est saturé. En 2009, il y a eu 12 000 entrées en CADA, donc seulement un quart des demandeurs d’asile.  Comment s’occuper de sa demande d’asile quand on ne sait pas où dormir le soir ? 

Eric Besson a annoncé 1000 places supplémentaires, ce n’est pas suffisant ?
 
Gérard Sadik. Le problème ce n’est pas tellement le nombre de places, mais le système qui dysfonctionne gravement. On a imposé l’entrée en CADA des demandeurs d’asile. Résultat, des places sont occupées par des gens qui n’en ont pas besoin, quand d’autres ne sont pas pris en charge parce qu’il n’y a plus de place. Le système marche sur la tête. 

Qu’advient-il des autres ?
Gérard Sadik. Environ 40 % des demandeurs d’asile (les procédures dites prioritaires et Dublin) sont exclus des Cada. On gère la pénurie de places en éliminant un certain nombre de personnes... Un autre tiers ne vit que par l’Allocation temporaire d’attente (ATA), soit 10,62 € par jour pour se loger, s’habiller, se nourrir... C’est très insatisfaisant. Tout cela est dû au statut de quarantaine sociale dans lequel sont maintenus les demandeurs d’asile depuis 1991, sans autorisation de travail. Ils doivent tuer l’ennui : la durée moyenne de séjour dans les CADA est de 570 jours. Le budget de ce dispositif d’accueil est de 335 millions d’euros, alors qu’une partie des gens préféreraient s’insérer dans la société française en travaillant et en trouvant un logement ! Il faut créer des places en CADA pour faire baisser la pression, mais ce n’est pas la solution à long terme. Les demandeurs d’asile doivent pouvoir travailler.

Vous avez déposez des recours. Sur quoi se base ce contentieux juridique ?
Gérard Sadik. Sur la directive européenne de janvier 2003 qui oblige tout état membre à assurer aux demandeurs d’asile des conditions d’accueil décentes : habillement, nourriture et surtout, logement. La France est régulièrement condamnée. Eric Besson est dans le déni en prétendant que la France est le premier pays d’accueil des demandeurs d’asile...