« Notre système d'accueil des demandeurs d'asile marche sur la tête »
Par Marie Barbier le mardi 4 mai 2010, 08:30 - Migrants de Calais - Lien permanent
La Coordination française pour le droit d’asile lance un cri d’alarme : le
système d’accueil des demandeurs d’asile est au bord de l’explosion. Des
manifestations étaient organisées hier à Paris, Angers, Marseille et Nice.
Pour Gérard Sadik, coordinateur de la commission asile à la Cimade, c’est
le système entier qui doit être réorganisé.
Vous dénoncez une crise de l’accueil des demandeurs d’asile, que se passe t-il ?
Gérard Sadik. On est dans une crise grave. La France compte 48 000
demandeurs d’asile pour 20 400 places en centres d’accueil des demandeurs
d’asile (CADA). Le dispositif est saturé. En 2009, il y a eu 12 000 entrées en
CADA, donc seulement un quart des demandeurs d’asile. Comment
s’occuper de sa demande d’asile quand on ne sait pas où dormir le soir
?
Eric Besson a annoncé 1000 places supplémentaires, ce n’est pas suffisant ?
Gérard Sadik. Le problème ce n’est pas tellement le nombre de places, mais
le système qui dysfonctionne gravement. On a imposé l’entrée en CADA des
demandeurs d’asile. Résultat, des places sont occupées par des gens qui n’en
ont pas besoin, quand d’autres ne sont pas pris en charge parce qu’il n’y a
plus de place. Le système marche sur la tête.
Qu’advient-il des autres ?
Gérard Sadik. Environ 40 % des demandeurs d’asile (les procédures dites
prioritaires et Dublin) sont exclus des Cada. On gère la pénurie de places en
éliminant un certain nombre de personnes... Un autre tiers ne vit que par
l’Allocation temporaire d’attente (ATA), soit 10,62 € par jour pour se loger,
s’habiller, se nourrir... C’est très insatisfaisant. Tout cela est dû au statut
de quarantaine sociale dans lequel sont maintenus les demandeurs d’asile depuis
1991, sans autorisation de travail. Ils doivent tuer l’ennui : la durée moyenne
de séjour dans les CADA est de 570 jours. Le budget de ce dispositif d’accueil
est de 335 millions d’euros, alors qu’une partie des gens préféreraient
s’insérer dans la société française en travaillant et en trouvant un logement !
Il faut créer des places en CADA pour faire baisser la pression, mais ce n’est
pas la solution à long terme. Les demandeurs d’asile doivent pouvoir
travailler.
Vous avez déposez des recours. Sur quoi se base ce contentieux juridique ?
Vous avez déposez des recours. Sur quoi se base ce contentieux juridique ?
Gérard Sadik. Sur la directive européenne de janvier 2003 qui oblige tout
état membre à assurer aux demandeurs d’asile des conditions d’accueil décentes
: habillement, nourriture et surtout, logement. La France est régulièrement
condamnée. Eric Besson est dans le déni en prétendant que la France est le
premier pays d’accueil des demandeurs d’asile...
Commentaires
C'est quand même incroyable
L'association se crée lorsque l'État se montre dans l'incapacité d'intervenir et d'agir afin de trouver de réelles solutions à un problème donné. A Calais, une dizaine d'associations se relaient pour donner à bouffer deux fois par jour, fournir des couvertures, des bâches et pratiquer de la bobologie aux migrants. Cela traduit l'impuissance du gouvernement qui, trop démagogue, oscille entre ses idées d'extrême droite, de charters de défrichage de la jungle et la peur de choquer l'opinion publique. Alors tantôt nous avons des subventions par les régions, tantôt nous apprenons que 29 000 étrangers ont été expulsé. A quand un gouvernement un peu plus humain qui résonnerait non plus en terme de chiffres, de quotas mais qui réfléchirait à de vrais solutions?