Brice Hortefeux l'a fait savoir hier en fin d'après-midi : pour « lever tout malentendu sur une éventuelle stigmatisation » des Roms, le ministre de l'Intérieur a tenu à « signer personnellement » une nouvelle circulaire aux préfets relative aux évacuations de campements illicites. Ce texte revu et corrigé demande désormais aux représentants de l'État de « poursuivre » les évacuations de camps illicites « quels qu'en soient les occupants ».
Plus d'« arme du délit »
Pris en flagrant délit de discrimination, le gouvernement aura donc reculé face aux promesses de poursuites administratives et judiciaires des associations et du Parti socialiste. Hier soir, le député PS Alain Vidalies commentait cette nouvelle circulaire par un : « M. Hortefeux se conduit comme un délinquant qui penserait s'exonérer de toute responsabilité en faisant disparaître l'arme du délit. (...). L'important n'est pas la lettre mais l'esprit ».
Or l'esprit justement devrait continuer de plus belle. Hier matin, Eric Besson a assuré que sa politique était « respectueuse des libertés individuelles et beaucoup plus généreuse que la moyenne » et qu’il ne voyait donc aucune raison de l’arrêter. Trois vols spéciaux partiront donc vers la Roumanie aujourd’hui, jeudi et le 30 septembre. Le ministre de l'Immigration avait convoqué la presse pour lui présenter son bilan. Utilisant la méthode Coué, il a vanté pendant une demi-heure la « générosité » d’une France qui « demeure la patrie de la liberté et des droits de l’Homme ». Las, du bilan, les journalistes n'avaient rien à faire, plus intéressés par la « circulaire de la honte », comme l'ont déjà rebaptisée ses détracteurs.
ENTRETIEN. Ancien PDG d'un groupe mondial
d'assurances, Patrick Peugeot préside la Cimade depuis 2006. Cette association
œcuménique d'aide aux migrants et demandeurs d'asile est la seule, depuis 1984,
à pouvoir pénétrer dans les centres de rétention. Sa mission ? Apporter
aux étrangers enfermés dans l'attente d'une probable expulsion, une aide
juridique indispensable. Mais un décret publié en août par Brice Hortefeux,
ancien ministre de l'Immigration, sous prétexte de réformer le dispositif
d'aide aux personnes placées dans ces centres, met la Cimade sur la sellette.
Pour Patrick Peugeot, l'association paie ainsi durement les critiques émises
contre la politique d'enfermement et d'expulsion des étrangers menée tous
azimuts par le gouvernement.