Laissez-passer

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mardi 15 mars 2011

A Cannes, on expulse en TER-charter !

9h30, hier, en gare de Cannes. Le train express régional n°86 023 à destination de Vintimille (Italie) est subitement réquisitionné par les forces de l’ordre. Les passagers déjà installés dans la rame de tête doivent laisser leur place à 39 Afghans, dont plusieurs mineurs, encadrés par sept policiers qui refusent de payer les 46 billets. La stupeur des cheminots fait place à la colère quand, à la dernière gare française, Menton-Garavan, les policiers descendent du train en déclarant qu’ils ne peuvent pas aller plus loin ! Le personnel refuse catégoriquement de transporter jusqu’en Italie les 39 Afghans, qui sont donc débarqués sur le quai.

Qui a ordonné cette réquisition ? Pas le conseil régional, pourtant en charge du transport. « La région n’a jamais donné son accord pour que des TER soient transformés en charter ! » s’insurge Gérard Piel, chargé des transports en Provence-Alpes-Côte d’Azur et président du groupe Front de Gauche. De son côté, la préfecture assure qu’elle n’était pas au courant. Une affirmation contredite par le personnel ferroviaire. « Le chef de brigade a dit qu’il agissait sur ordre du préfet, assure Franck Boyer, délégué CGT des agents de conduite. Il a même ajouté qu’il ne fallait surtout pas que les clandestins montent à Paris avant les élections. »

Choqués, les cheminots ont exprimé leur refus de telles méthodes, qui ne sont pas sans leur rappeler « d’autres temps » : « La dernière fois qu’on a vu ça, c’était en 1942 » lâche Franck Boyer.


jeudi 20 janvier 2011

De jeunes afghans « livrés à eux-mêmes »

Pendant le démantèlement de la « jungle » de Calais, les mineurs sont séparés des majeurs © JOBARD / SIPA

Ils gèrent l’après-bulldozer et ça n’est pas tous les jours facile... Les salariés du centre d’accueil des mineurs isolés étrangers (CAMEI) de Vitry-sur-Orne en Moselle ont déposé un préavis de grève aujourd’hui pour protester contre une « protection au rabais » des jeunes afghans.

Le 22 septembre 2009, les bulldozers détruisaient la « jungle » de Calais. Séparés des adultes, une cinquantaine de mineurs étaient conduits, selon les autorités, dans « des foyers adaptés pour les accueillir immédiatement ». En juillet 2010, ils étaient rejoints par une trentaine d’autres mineurs après l’évacuation d’un campement au canal Saint Martin à Paris. Depuis, beaucoup de ces jeunes ont fugué et sur les trois centres prévus initialement, il n’en reste plus qu’un, celui de Moselle qui accueille vingt-sept mineurs isolés étrangers.

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mercredi 22 septembre 2010

« Il ne fait pas bon avoir une gueule d'Afghan à Calais »

Francis Gest Francis Gest, l'un des fondateurs du collectif d'aide aux migrants C'Sur (Collectif de soutien d'urgence aux réfugiés de Calais) revient sur la situation dans le Calaisis, un an après le démantèlement de la « jungle ».




Mais où sont passés les migrants (1'20) ?

En août 2009, an mois avant le démantèlement du principal campement des migrants par Eric Besson, on estimait le nombre de migrants présents à 1200. Aujourd'hui, ils ne seraient plus que 300. L'opération médiatique du ministre de l'Immigration aurait donc réussie ? Point du tout, répond Francis Gest qui table plutôt sur la politique européenne de fermeture des frontières :

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jeudi 12 novembre 2009

Kit de survie hivernal pour les exilés afghans

REPORTAGE. Ils repartent radieux, enfilant leurs nouveaux gants et essayant les sacs à dos, dans lesquels sont immédiatement cachés les duvets neufs, à l’abri des regards envieux. Mardi après-midi, les associations humanitaires organisaient, à Calais et Paris, des distributions de matériel de survie pour les migrants à la rue. Près de la gare de l’Est, dans le 10e arrondissement de la capitale, ils sont des centaines à attendre patiemment leur tour. «On leur donne des sacs de couchage et des sacs à dos, explique Laura Brav, coordinatrice de la mission France de Médecins sans frontières, qui soupire : «Ce n’est pas du tout une solution, il leur faudrait un hébergement.» Actuellement, ils seraient entre 250 et 300 migrants dans le 10e arrondissement de Paris, Afghans dans leur très grande majorité. Jean-Michel Centres, du Collectif des exilés du 10e, comptabilise une trentaine de demandeurs d’asile et une dizaine de mineurs à la rue. La saturation des dispositifs d’accueil les contraint à dormir dehors, alors que les nuits s’allongent et se refroidissent.

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"Nous jouons avec nos vies"

PORTRAIT. Un large sourire illumine son visage. Soutenu par de grands yeux noirs malicieux. Ahmed a quinze ans et un visage de poupon chinois. De la minorité ethnique des Hazaras, sa famille a fui l’Afghanistan en 2001 pour se réfugier au Pakistan. Il y a deux mois, il donne 5000 euros à un passeur pour rejoindre l’Europe. «C’est tout ce que j’ai pu payer, dit-il. Je savais que je jouerais avec ma vie».

De fait, son odyssée ressemble à un jeu de roulette russe. A la frontière irano-turque, il craint les gardes frontières qui «vous tirent dessus». Il rejoint la Grèce à bord d’une petite embarcation, de nuit, sans lumière et sur une mer démontée. «Autour de moi, beaucoup sont tombés à l’eau et sont morts». En Grèce, on le met dans un conteneur à bord d’un navire pour rejoindre l’Italie : deux jours et trois nuits sans pouvoir bouger, sans nourriture ni toilettes. «A l’arrivée, on a dû m’aider pour sortir, je ne pouvais plus bouger.»

Ahmed monte ensuite dans un train pour Paris, où il est arrivé il y a quatre jours. Sa première nuit dans la ville lumière, il la passe sous un pont du canal Saint-Martin sans manteau, ni couverture : «Je tremblais tellement de froid que je n’ai pas dormi». Depuis deux jours, Ahmed est pris en charge par une association qui lui paye l’hôtel.

Quand on lui demande s’il a peur des charters, Ahmed répond dans un sourire : «Nous avons tous très peur d’être déportés. Nous venons de pays dangereux où nous avons vendu toute notre vie pour payer le voyage. Nous avons joué nos vies pour venir ici.».

mercredi 21 octobre 2009

De Kaboul à Nîmes, via Calais

PORTRAIT. Recruté comme kamikaze, Aziz a fui l’Afghanistan, pensant trouver refuge en France.

En pleine destruction de la jungle, son regard vert nous avait troublé. Il disait son incompréhension, sa tristesse. Sa barbe poivre et sel étonnait : que faisait cet homme à la peau burinée comme celle d’un marin, au milieu de ces jeunes migrants ? A Nîmes, où il a atterri depuis, Aziz (1) nous a raconté son incroyable histoire.

Il parle avec ses mains en regardant l’interprète. Ses phrases sont longues et détaillées. Aziz veut tout dire. Né il y a une quarantaine d’années dans un village du sud de l’Afghanistan, il a onze ans quand les soviétiques débarquent. La famille fuit vers le Pakistan pour un exil qui durera plus de vingt ans. Aziz grandit dans un camp de réfugiés près de Peshawar, où il rencontre sa femme. Ils doivent attendre 2008 avant de remettre les pieds dans leur pays. Quelques semaines plus tard, les talibans l’enlèvent.

Il va rester plus de trois mois dans un camp de recrutement forcé, où le seul divertissement consiste en des vidéos de propagande : opposants égorgés, kamikazes encensés… S’il se transforme en bombe humaine, on lui promet 10 000 dollars pour sa famille. Pour s’en sortir vivant, il prend les talibans au mot, rencontre le chef et accepte une mission : se faire exploser dans une voiture. Il demande des cours de conduite. C’est pendant l’un d’entre eux qu’il réussit à s’enfuir. La traque commence. Réfugié dans les montagnes d’abord, il prend contact avec un passeur qui lui promet « la France ou l’Autriche » pour 11 500 euros. Arrivé à Paris, il est orienté vers Calais. « On choisit pas vraiment où on va, dit-il. C’est ce qu’on entend. » Il va rester cinq mois dans la jungle avant sa destruction. Le passage vers l’Angleterre ne l’intéresse pas. Il se rend au commissariat pour demander l’asile. Réponse des policiers : « On vous donne 2500 euros si vous acceptez de rentrer en Afghanistan ». Sorti du commissariat, il est retourné se terrer dans la jungle.

(1) Le prénom a été modifié

vendredi 25 septembre 2009

Et maintenant, un charter pour Kaboul

Pour ceux qui avaient encore un doute, Nicolas Sarkozy a confirmé l'information mercredi soir : « Avec les Anglais, nous organiserons le retour des personnes en situation irrégulière ». Autrement dit, une partie des Afghans arrêtés mardi matin lors du démantèlement de la « jungle » de Calais pourraient bien être expulsés. Soit vers la Grèce, en vertu de la directive Dublin II qui oblige le premier pays européen traversé à gérer les demandes d'asile, soit directement... en Afghanistan.

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mardi 22 septembre 2009

Dernière nuit dans la jungle de Calais

REPORTAGE. Comme annoncé, le principal campement de clandestins de la ville du Pas-de-Calais a été démantelé. Résultat : 276 arrestations, dont une moitié de mineurs. Le récit, heure par heure.

2h35. Il fait nuit noire dans la « jungle » de Calais. Un grand feu de bois réchauffe les bénévoles venus apporter leur soutien aux migrants alors que le démantèlement du campement est annoncé pour l’aube.

3h20. Autour du feu, une dizaine d’Afghans décidés à ne pas dormir offre le thé. Pourquoi restent-ils alors que les forces de l’ordre doivent débarquer dans quelques heures ? Safioula, 16 ans, explique qu’il reste pour le passeport. « Mais c’est faux ! », s’irrite Sylvie Copyans de l’association Salam, qui explique qu’une rumeur a circulé ses derniers jours, promettant des papiers à ceux qui resteraient dans la jungle.

4h20. Une cinquantaine de personnes se réchauffent autour du feu. Parmi eux, quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années, bénévoles de Salam à Dunkerque. « Nous avons trois petites jungles là-bas, explique Jessica. Tous les deux mois, la police détruit tout au bulldozer, les migrants ne peuvent même pas récupérer leurs affaires. Ils sont arrêtés par la police et relâchés douze heures après ».

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« C’est notre maison ici, on n’a pas d’autres endroits où aller »

REPORTAGE. Il a une douzaine d’années. Virevoltant sur sa balançoire, il rit en essayant de toucher les feuilles des arbres. Derrière lui, se dressent des cabanes de bric et de broc. A ses pieds, les broussailles sont jonchées de détritus. Scène ordinaire dans la « jungle » de calais qui vit peut être ses dernières heures. Mercredi dernier, le ministre de l’Immigration, Eric Besson a annoncé le démantèlement de ce campement de migrants afghans avant la fin de la semaine. L’intervention des forces de l’ordre pourrait se faire aujourd’hui même, à six heures du matin.

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jeudi 10 septembre 2009

Avec les enfants perdus d'Afghanistan

REPORTAGE. Intrigués, ils s'approchent, écoutent. Se chuchotent dans l'oreille, rigolent. Et s'éparpillent, telle une volée de moineaux, vers le baby-foot où une partie s'engage. Comme tous les ados du monde, les garçons de la plate-forme d'accueil des mineurs isolés étrangers de France terre d'asile, aiment jouer. Pourtant, à y regarder de plus près, ces garçons là ne sont pas comme les autres.

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jeudi 16 juillet 2009

Un charter pour Kaboul ?

La destruction de la « jungle » (bois aux environs de Calais où s'abritent les migrants), annoncée par Éric Besson avant la fin de l'année, serait prévue le mardi 21 juillet d'après l'association Salam. « La jungle des Afghans Pachtous sera la première visée mais les autres jungles risquent également d'être détruites » précise un communiqué, qui s'inquiète aussi d'un possible charter vers l'Afghanistan : « Après le sommet d'Evian du 6 Juillet des accords ont été signés avec le gouvernement britannique qui décident notamment d'organiser des retours forcés entre la France et l'Angleterre ». En novembre dernier, un charter vers l'Afghanistan avait été annulé après une forte mobilisation.

vendredi 19 décembre 2008

Sangatte au coeur de Paris

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REPORTAGE. Certains ont à peine quatorze ans. Les plus âgés, la trentaine. Tous les soirs, place du Colonel-Fabien, dans le 10e arrondissement de Paris, des dizaines de jeunes hommes attendent. Leur espoir ? Réussir à monter dans les bus de l’Atlas qui transportent les sans-abri dans des centres d’hébergement, et éviter ainsi de passer une nouvelle nuit dehors. Ce sont des Afghans, dans leur très grande majorité, et il y a aussi quelques Irakiens et Iraniens. Ils ont fui des pays en guerre, parcouru l’Europe pendant des mois et atterri à Paris, au carrefour des routes migratoires.

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vendredi 5 septembre 2008

À Calais, en attendant « le passage »

CALAIS025.jpg Tous les midis, les associations distribuent des centaines de repas.

REPORTAGE. Par temps clair, les hautes falaises de Douvres se laissent apercevoir depuis la plage de Calais. 35 kilomètres. Une distance dérisoire pour les milliers de voyageurs qui les traversent chaque jour, sous la Manche ou en ferry. Un gouffre pour les centaines de migrants bloqués sur le continent. La coordination française pour le droit d’asile (CFDA), qui présentait hier le résultat de trois mois d’enquête sur le sujet, évalue entre 1000 et 1500 le nombre d’exilés actuellement présents le long du littoral de la Manche et de la mer du Nord. Soit autant qu’avant la fermeture du camp de Sangatte, en novembre 2002. Ils sont environ 500 à Calais. Des hommes jeunes pour la plupart, quelques dizaines de femmes et d’enfants. La majorité vient d’Afghanistan, d’Iran et d’Irak. Sur la centaine venue d’Afrique, la corne du continent est surreprésentée : Érythrée, Éthiopie et Somalie.

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