9h30, hier, en gare de Cannes. Le train express régional n°86 023 à destination de Vintimille (Italie) est subitement réquisitionné par les forces de l’ordre. Les passagers déjà installés dans la rame de tête doivent laisser leur place à 39 Afghans, dont plusieurs mineurs, encadrés par sept policiers qui refusent de payer les 46 billets. La stupeur des cheminots fait place à la colère quand, à la dernière gare française, Menton-Garavan, les policiers descendent du train en déclarant qu’ils ne peuvent pas aller plus loin ! Le personnel refuse catégoriquement de transporter jusqu’en Italie les 39 Afghans, qui sont donc débarqués sur le quai.
Qui a ordonné cette réquisition ? Pas le conseil régional, pourtant en charge du transport. « La région n’a jamais donné son accord pour que des TER soient transformés en charter ! » s’insurge Gérard Piel, chargé des transports en Provence-Alpes-Côte d’Azur et président du groupe Front de Gauche. De son côté, la préfecture assure qu’elle n’était pas au courant. Une affirmation contredite par le personnel ferroviaire. « Le chef de brigade a dit qu’il agissait sur ordre du préfet, assure Franck Boyer, délégué CGT des agents de conduite. Il a même ajouté qu’il ne fallait surtout pas que les clandestins montent à Paris avant les élections. »
Choqués, les cheminots ont exprimé leur refus de telles méthodes, qui ne sont pas sans leur rappeler « d’autres temps » : « La dernière fois qu’on a vu ça, c’était en 1942 » lâche Franck Boyer.

Quelque 930
kilomètres à pied, en trente jours. Le pari n’est pas sportif mais politique,
il est relevé par quatre-vingt sans papiers partis samedi de la capitale pour
rejoindre la Côte d’Azur. Nice n’a pas été choisie pour son soleil, mais parce
que la ville accueille, à la fin du mois, le sommet France Afrique, qui se
tient l’année du cinquantième anniversaire des indépendances des anciennes
colonies françaises. Une cinquantaine de chefs d’État sont invités, auxquels
les marcheurs entendent délivrer un message : ne signez pas pour les
expulsions !