La France et l’Italie ont-elles anticipé le vote par le sommet européen aujourd’hui du rétablissement des contrôles aux frontières à l’intérieur de l’espace Schengen ? C’est ce qu’affirment deux associations, le Gisti et l’Anafé qui ont réalisé une mission d’observation à la frontière franco-italienne mi-avril.
La France et l’Italie sont alors dans une cynique partie de ping-pong avec les migrants tunisiens arrivés depuis quelques semaines sur l’île de Lampedusa. C’est à qui récupérera la patate chaude... Le 5 avril, l’Italie marque un point en annonçant la délivrance de titres de séjour « à titre humanitaire » aux « citoyens de pays d’Afrique du nord », leur permettant de se déplacer dans l’espace Schengen. Colère de la France, qui accuse l’Italie de ne pas avoir contrôlé efficacement ses frontières externes et établie des critères supplémentaires, notamment de ressources, pour franchir la frontière entre les deux pays.

Le
préfet des Alpes-Maritimes a annoncé, hier, une augmentation «significative» du
nombre de Tunisiens en provenance d’Italie. Durant les quinze premiers jours de
février, 86 ressortissants tunisiens en situation irrégulière ont été
interpellés dans ce département frontalier, contre 35 durant la même période en
2010. La réponse des autorités françaises a été de multiplier les arrestations
et les expulsions. Par ailleurs, les patrouilles de surveillance, sur les
routes, les voies ferroviaires et maritimes, ont été augmentées.
« Ca
suffit ! » La Commission européenne a tapé du poing sur la table hier
contre la politique française d’expulsion des Roms, qualifiée de
« honteuse ». « J’ai été personnellement consternée de cette
situation dans laquelle des gens sont expulsés d’un État membre de l’UE
simplement parce qu’ils appartiennent à une minorité ethnique, a déclaré
Viviane Reding, commissaire européenne à la Justice et aux Droits fondamentaux.
J’espérais que l’Europe n’aurait pas à vivre à nouveau cette situation après la
Deuxième Guerre mondiale », a-t-elle ajouté dans une déclaration
inhabituellement dure envers un État membre.
Le Parlement européen a sèchement taclé,
hier, la politique française d’expulsion des Roms. Dans une résolution adoptée
par 337 voix contre 245, Strasbourg demande à la France de « suspendre
immédiatement toutes les expulsions de Roms ». Le Parlement
« s’inquiète vivement de la rhétorique provocatrice et ouvertement
discriminatoire » qui «donne de la crédibilité à des propos racistes et
aux agissements de groupes d’extrême droite». Un rappel à l’ordre sévère qui,
s’il n’a aucune valeur contraignante, est politiquement embarrassant pour
Paris.
« Les politiques migratoires
européennes qui se mettent en place sont inquiétantes » constate Sonia
Lokku, animatrice du Centre de recherche et d’information pour le développement
(CRID). Hier, alors que l’Assemblée nationale devait voter les accords de
« gestion concertée des flux migratoires » avec la Tunisie, le
Congo-Brazzaville, le Bénin et le Sénégal, les ONG du nord et du sud réunies
dans le réseau