PORTRAIT. « C’était une lutte avec beaucoup de courage
et de solidarité ». Sourire aux coins des lèvres, yeux brillants, Souleymane
Sangaré, 33 ans, raconte son combat avec enthousiasme et fierté. Il peut. Après
onze mois de lutte, les maîtres-chiens sans papiers de la SNCF y sont
presque : sur trente-huit, trente-six ont obtenu leur régularisation.
La lutte
commence en octobre 2008. Deux maîtres-chiens débarquent dans le bureau de Sud
Rail. En les écoutant, le syndicaliste Dominique Malvaud découvre
l’inimaginable : par l’intermédiaire de sociétés sous-traitantes, des
dizaines de sans-papiers travaillent pour la SNCF, sans être déclarés, sept
jour sur sept, douze heures par jour.
Souleymane Sangaré est de ceux là. Il est recruté par la société de sécurité
Vigimark à son arrivée en France en 2006. Fuyant la crise en Côte d’Ivoire, où
il est membre du parti d’opposition, Souleymane espère obtenir le statut de
réfugié politique en France. Preuves insuffisantes, tranche l’Ofpra. Souleymane
bascule dans la clandestinité et le travail au noir. Pas de contrat, les heures
sup non payées, il doit s’acheter lui-même son chien (500 euros), ses
chaussures de sécurité et la muselière. De jour comme de nuit, il parcourt la
ligne D du RER pour assurer la sécurité des agents et des usagers.